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Par Fanny Lasserre le 01/05/2010 | Réagir | Envoyer | Imprimer
Chen Man, un esthétisme surréaliste
Un des talents les plus prometteurs de sa génération !




Star de la photo de mode en Chine, elle expose dans les meilleurs musées et galeries de son pays et participe à l'exposition « China Design » au Victoria & Albert Museum de Londres en 2008. Plébiscitée par les grands magazines comme Harper's Bazaar, Elle, Esquire, Cosmopolitan, les marques les plus en vogue pour leur campagne publicitaire, personne ne peut se passer d'elle. Chen Man n'a que 30 ans. Art Paris, Art Beijing, des expositions à Londres, Hongkong et New York pour la seule année 2009, Chen Man continue son tour du monde en 2010 avec une exposition à la galerie Loft à Paris, la sortie d'un monographie et une photo déjà emblématique exposée à l'occasion de l'exposition universelle de Shanghai. N'en jetez plus, a-t-on envie de dire, mais un tel phénomène attise la curiosité.





Née à Beijing au sein d'une famille qui baignait dans l'art, elle semble représenter toute la folie exponentielle de la Chine, une créativité avant-gardiste alliée à une technologie toujours plus pointue. L'ouverture culturelle de son pays donne à Chen Man les outils pour créer une image d'un esthétisme foudroyant, surréaliste et glacé. Fascinée par la beauté des femmes depuis son plus jeune âge, elle se souvient de sa première rencontre avec une image de mode des années 80. Elle est subjuguée par les mannequins chinoises de cette époque et depuis n'a de cesse de transmettre dans ses photos « l'expression de (ses) sensations et de (son) expérience ». Dans une interview qu'elle donne au Shenzhen Daily, elle dit être « obsédée par le corps des femmes » et avoir « un désir visuel de la beauté ». Alors que son père dessinait les affiches officielles pendant la révolution culturelle pour des slogans et des calendriers, Chen commence à dessiner à l'âge de deux ans. Plus tard, elle étudie dans un lycée artistique le graphisme, le théâtre, avant d'être admise dans le département photographie puis diplômée dans cet art qui la passionne. On regarde alors différemment ses images qui sont à la croisée de toutes ses compétences, enrichies par un imaginaire à la frontière du réel.
Chen Man va loin, au-delà de l'humain qu'elle photographie. Le modèle devient une poupée électronique que les logiciels transforment au gré des manipulations de leur créatrice, technologie qu'elle dénonce en incrustant dans la tête de ces femmes du matériel informatique. Chen Man a l'intelligence de poser la question de l'usage de cette technologie aliénante et polluante qu'elle-même utilise à outrance. Les couleurs sont étonnantes, les maquillages sophistiqués à l'extrême, la peau lissée. Le rendu est si lumineux qu'il semble traversé par une lumière interne qui hypnotise. Chen explose les codes de la femme chinoise tout en demeurant dans l'élégance finement débridée d'un fantasme acidulé. Elle crée un être hybride qui réunit tous les attributs d'une féminité idéale à l'instar de la silhouette parfaite et délicate de Maggie Cheung filmée par Wong Kar Waï. C'est ainsi qu'elle se fait remarquer lorsqu'elle commence à shooter pour les couvertures du magazine « Vision » en 2003.
Dans un pays encore plein de ses contradictions, entre tradition et Occident, elle détonne. Un paradoxe que Chen Man illustre de façon très significative avec ses photos les plus récentes : elle quitte son studio et photographie une femme, dont le raffinement féminin surjoué crée une forte dichotomie avec les bâtiments officiels où le portrait de Mao trône, petite vignette dans le lointain vers laquelle se dirige une foule de gens. Un exemple parmi une série de photos représentatives d'une époque révolue (?) – Chen Man inscrit ces mises en scènes dans les années 60/70 – où chaque femme toujours en rouge en opposition à un fond gris et saturé de pollution, devient un symbole troublant, avec dans une main un marteau et dans l'autre une paire de gants blancs. Chen réinvente une femme singulière et forte, éprise de liberté, qui ne cache pas pour autant un certain patriotisme.
Commence ce mois-ci l'Exposition Universelle de Shanghai, dont le thème : « une meilleure ville, une meilleure vie », dessine un horizon dont Chen Man nous présente la nouvelle Ève.






Voir ses œuvres :

Galerie Loft
3 bis, rue des Beaux-Arts
75006 Paris

www.galerieloft.com

www.chenmaner.com

Exposition Universelle de Shanghai
jusqu'au 31 octobre 2010 :
« 100 years photograph China »

Sortie prochaine en Europe
de sa première monographie :
Chen Man Works, 2003-2010
Edition : 3030 Press
Texte Fanny LASSERRE


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