
| [A] Valérie Belmokhtar |  | | [B] Marie-Hélène Le Ny | Regards sur un monde intérieur |  Le monde de Valérie Belmokhtar est vaste, philosophique et végétal, onirique et astral. Jeune artiste, touche à tout, cela fait des dizaines d'années qu'elle travaille, qu'elle puise dans ses rêves comme dans la nature le fruit de son inspiration venue très tôt avec la nécessité farouche de transcrire puis plus tard de transmettre. Enfant contemplative, plongée dans d'innombrables lectures, silencieuse et observatrice, elle fabrique elle-même ses carnets de croquis et dessine des arbres, des fleurs, les roses du jardin de son père. L'histoire est poétique et c'est la sienne. Vers sept ans, Valérie rentre dans un atelier et tous les mercredis s'adonne au modelage, à la peinture et au dessin. L'écriture d'un journal intime dès l'âge de dix ans va toujours accompagner son travail sans jamais empiéter. Deux lignes parallèles qui se nourrissent l'une l'autre et donneront naissance à son goût de l'illustration : « Je racontais ma vie par écrit et je dessinais ce qui m'entourait. Je suis toujours partagée entre la peinture et l'illustration parce que le rapport au texte est resté. La littérature avec laquelle j'ai un lien très fort inspire mon travail. » | Aujourd'hui Valérie Belmokhtar se rattache à des textes, s'en inspire et se les approprie. La mythologie et plus particulièrement Les Métamorphoses d'Ovide se retrouvent dans ses gravures les plus récentes. Le merveilleux est présent partout. Le corps d'Adonis qui se transforme en fleur, un papillon comme un masque sur un visage, les racines, les feuilles, ce végétal qui prend forme en nous, nous dévisage, et déshabille les corps que dessine Valérie, tout entière dans le monde invisible que seul le poète décrypte et rend pour nous visible dans toute sa splendeur, sa complexité et sa richesse. Je pense aux Fleurs du mal de Baudelaire, à ces Correspondances qui parlent si bien des images qui sont les siennes : | « La Nature est un temple où de vivants piliers Laissent parfois sortir de confuses paroles » | Au regard de ses dessins dont le trait est d'une telle délicatesse qu'on en devine la sensibilité, on a l'exacte impression de lire des yeux la poésie du monde qui nous entoure pour qui sait regarder. « Un poème peut m'aider à construire des images. C'est onirique... » |  | Nous sommes en droit de lui demander pourquoi ne pas joindre l'écrit à l'art appliqué ?
« Ce sont des projections mentales et il ne faut pas décrypter pour les autres avec des mots. Le texte peut être là au début de l'inspiration, il est digéré, transformé par l'image et je n'en ai plus besoin. Ça empêcherait le rapport intime qu'aurait la personne qui regarde et sa projection mentale personnelle. Dans le rapport poétique que j'ai au monde, je ne veux pas rajouter de la littérature par dessus car elle est déjà un peu contenue dans l'inspiration. » Valérie parle de son travail avec limpidité. Elle est bien là, présente au monde même si les yeux fermés de ses nombreux dessins et gravures nous renvoient immanquablement vers un monde intérieur foisonnant et libre.
Une liberté que Valérie revendique dans ses choix, ou plutôt dans son non choix d'une seule discipline : « Je défends l'idée d'être à la fois peintre et illustratrice et de faire de la gravure. L'univers au bout de plusieurs années se cristallise et le tout devient cohérent et en correspondances. J'ai investi avec la même énergie sans me dire qu'il y avait quelque chose de moins important. Je ne suis pas enfermée. » Cette liberté qu'elle s'autorise lui permet de rechercher toujours des chemins différents pour traduire la fluidité fantastique de la vie qui se poursuit, de cet être humain plein de vanité qui disparaît au profit de la nature et non pas l'inverse. Ainsi le thème des robes qu'elle peint et peint encore de toutes les couleurs, vêtements vides parfois, que le corps a quittés et les coulures comme des larmes, et la robe, ce symbole féminin qui demeure, infiniment belle et mystérieuse. Chaque discipline apporte sa pierre à l'édifice et son pouvoir d'émerveillement étant à la hauteur de sa poésie, Valérie découvre toujours : « En faisant de très grand dessins, je me suis dis « mais quelle liberté ! » Cette précision sur plusieurs mètres c'est passionnant : comment gérer de l'infiniment petit ou de la vibration sans que ce soit du remplissage, que ça continue à être vivant. Le dessin m'a apporté toute cette réflexion et la gravure, une grande réflexion sur la technique. » |  | Et quitte à être hors tendance, Valérie Belmokhtar dans sa foi et sa liberté artistique se veut figurative : « j'aime beaucoup la matière la couleur mais pas toute seule. J'aime bien qu'elle puisse s'appuyer sur un référent au réel mais à travers l'onirisme et un prisme poétique. Les artistes que j'admire sont figuratifs. La représentation de l'humain me touche beaucoup. J'ai besoin de ça. Je me méfie de quelque chose de trop intellectuel dans l'art. » Quelques jours à peine après la disparition de Louise Bourgeois, Valérie l'évoque comme faisant partie de sa famille artistique avec Annette Messager et Odilon Redon. « J'aime beaucoup les artistes qui ont leurs propres univers et qui sont en dehors d'influences, de mouvements ou d'époques... j'aime les individualités, les électrons libres. Et puis ce sont des rencontres mentales. »
Des confluences comme des passerelles poétiques qui d'une femme à une autre parleraient de dame nature, de cette identité féminine fantasmée, de cette recherche de l'origine, de ce désir de plonger dans la terre nourricière y puiser l'énergie (le souffle) de grandir, de se transformer, d'accéder au rêve universel. Pour cela, Valérie a besoin d'être isolée de toutes images ou tendances trop fortes : « Je me coupe des médias. Je cherche à m'approcher d'une source plus personnelle. » |  | Tout le temps dans la recherche, Valérie essaie de s'autoriser des chemins de traverses, de ne pas connaître le résultat en avance sous peine de s'ennuyer : « J'essaie d'accepter ce qui peut surgir hors thèmes et de l' intégrer. La pratique de création est un tel espace de liberté qu'il faut se discipliner mais jusqu'où ? Il ne faut pas se contraindre, arriver à une expression maximum et en même temps j'ai envie que les choses se construisent. » Des interrogations que les couleurs et les crayons contribuent à étayer. « Parfois j'ai besoin de construire et de chercher des vibrations dans le signe, ça va passer par le dessin. A d'autres moments, il y a des besoins de couleurs pures, plus pulsionnels, mais les recherches que j'aurai faites en dessin s'intégreront dans la peinture et ce sera plus riche. Il y a l'envie de dessiner comme un peintre et de peindre comme un dessinateur. » Et Valérie Belmokhtar reprend les choses à la base : elle revient à l'étude de la nature, de la morphologie, des plantes, des animaux... à une pratique étudiante avec ses carnets de croquis. « Je suis dans un rapport artisanal à mon travail, j'aime bien les outils ancestraux : tendre une toile, préparer un fond pour un dessin, je ne pourrais pas m'en passer. Puis je trouve ça beau ces rituels de peintres. » |  | Je laisse Valérie retourner à ses projets multiples, à ses rêves et à ses observations, je jette un dernier coup d'œil vers ces visages de femmes aux yeux fermés que des fleurs et des épines dévisagent, que les couleurs diluent dans un songe printanier, que le chant des oiseaux au dehors enchante sans les réveiller. | | | [B] Marie-Hélène Le Ny | Texte Fanny LASSERRE Photos Lilian MAHIEU |
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Fanny Lasserre01/02/2012
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Marie Masuyer01/02/2012
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Fanny Lasserre et Thierry Vasseur14/10/2011
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Marie Masuyer12/06/2011
 | Les routes d'Elodie Lachaud sont envoûtantes et multiculturelles. Sur fond de balade solitaire, chacun s'y retrouve, entend son histoire, passe d'un monde à un autre sans jamais se perdre complètement. |
Fanny Lasserre12/06/2011
 | Sur les hauteurs de Clamart, Mïrka Lugosi nous attend. De loin, nous l'apercevons, grande, mince, délicieusement rétro. Excessivement simple et complexe, nous rencontrons une femme douce dont la réflexion pointue nous plonge dans un univers sensible et sensuel. |
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