Accueil
L'équipe Archives Groupe Facebook
Contacts De vous à nous... Kit média
Sommaire Culture Plaisirs Reportage Intime Mode Actu / News Sub Yu
    »  Retour accueil  •  Double face  •  Une autre histoire  •  Big Bang  •  Carte blanche
facebook
Par Fanny Lasserre le 01/07/2010 | Réagir | Envoyer | Imprimer
[B] Marie-Hélène Le Ny
[A] Valérie Belmokhtar
L'intention photographique








Il est difficile de définir Marie-Hélène Le Ny. C'est une photographe qui écrit, une plasticienne qui questionne. La photo n'est pas uniquement le support d'une image mais un moyen de dire autre chose que ce qu'elle représente et Marie-Hélène l'exprime avec limpidité et force. Ce n'est pas caché, livré à l'interprétation libre des spectateurs, ce n'est pas codé, c'est donné avec générosité afin de rendre notre regard actif et intelligent.
Elle entre aux Beaux-Arts de Rouen en 1980, persuadée qu'elle va faire de la peinture. Mais la photographie s'impose. Il faut dire que c'est une histoire de famille. Marie-Hélène se passionne pour la photo dès 12 ans grâce à son père et s'offre son premier 24x36 à 15. L'une de ses tantes la fait poser régulièrement, ce qui lui permet de comprendre qu'une photo se compose : « On construit l'histoire de la famille avec les albums de famille et parfois ça n'a rien à voir avec le vécu de la famille. De là peut-être me vient l'idée que la photo est une mise en scène et c'est comme ça qu'elle m'intéresse particulièrement. Elle ne dit jamais la vérité. » Pourtant lorsqu'on regarde l'œuvre de Marie-Hélène Le Ny on pourrait être tenté d'y croire. Se dire voilà une représentation brute et sans décorum de gens, de vies, de lieux ou d'objets tels qu'ils sont en réalité. Mais ce serait freiner sa réflexion tandis que ses images, à l'inverse, forcent le questionnement. Marie-Hélène démontre avec simplicité que l'image n'a rien à voir avec la vérité : le cadrage, le choix du sujet, ce qui n'a pas été mis dans le cadre est un choix subjectif du photographe : « La captation, c'est un fragment isolé qui ne nous dit rien du contexte. »
« »
C'est pourquoi il nous faut en venir aux mots. Parce que nous sommes noyés dans un océan d'images, le sens disparaît, parce que nous sommes bombardés de photos tragiques et bouleversantes, nous ne trouvons plus l'émotion, parce que l'image est devenue banale au point de ne plus rien nous dire, Marie-Hélène lui ajoute du texte, du signifiant pour réveiller nos regards et que nous nous mettions enfin à écouter les images. « Une image toute seule peut avoir des tas de significations différentes, on peut lui faire dit tout et son contraire. Le texte enrichit l'image. Le mot est souvent là pour redonner une couche de sens et parfois le perturber. C'est construire un objet différent qui demande une attention différente. »
 
Marie-Hélène Le Ny laisse entendre que c'est aussi un désir d'écrire, qu'elle ne peut pas tout dire avec les images. Ainsi se construisent ses petits morceaux de madeleines qui sont constitués de souvenirs d'enfance liés aux aliments. Une assiette de coquillettes, un artichaut, sont prétextes à raconter comment elle aimait ou détestait manger cet aliment. Le texte est sérigraphié sur le verre et donne du relief à l'image tant visuellement que sémantiquement. Cela devient un objet différent et autonome. Marie-Hélène ne conçoit pas le texte et l'image séparément : « cette histoire d'une photo qui serait une fenêtre sur le monde : je n'y crois pas du tout ! Si la photo ne me dit pas autre chose que l'émotion que je peux avoir quand je vois, ça m'intéresse beaucoup moins. J'ai besoin que ça m'emmène ailleurs. Mon travail est souvent lié à la transmission : qu'est ce qu'on se transmet les uns les autres ? Et l'alimentation est au cœur des rapports sociaux avec des interdits, des croyances, des rites qui sont en train d'exploser chez nous. La sociabilité se construit autour du partage et de la nourriture. Ce sont toutes ces questions-là que je n'ai pas posées directement mais que je me suis posées en allant chercher mon rapport au goût, aux odeurs qui est aussi notre rapport à la nature. »

On comprend que Marie-Hélène déploie son raisonnement bien au-delà de l'image et sans doute aussi en amont de sa réalisation. Et lorsqu'elle choisit d'ajouter du sens sans passer par les mots, elle entreprend un projet sur 10 ans : Avoir 20 ans en l'an 2000 ; ou bien elle part plusieurs mois dans le bassin minier pour Mémoire d'avenir : « si on veut faire autre chose que des cartes postales, il faut s'imprégner de l'histoire d'un lieu, de l'âme d'un lieu et des gens qui y vivent. S'éloigner du cliché, laisser infuser le réel. Une photo avec quelqu'un, c'est un échange. Je ne suis pas dans la photo de prédation. »
Ce qui l'occupe aujourd'hui est un projet humain, une histoire de rencontres et de paroles, de femmes et de liberté : « On ne naît pas femme, on le devient ». A travers une série de portraits c'est une vision kaléidoscopique de la vie des femmes aujourd'hui en Europe qui se dessine. Chacune vient poser avec un texte qu'elle a choisi, un texte qui l'a construite et qu'elle va enregistrer. Cette fois les mots ne seront pas écrits mais dits...

« Je trouve qu'on est aujourd'hui entre deux images de femmes : d'un côté c'est quasiment la femme empêchée, voilée, qui s'interdit la photo ou à qui on interdit la photo, et de l'autre c'est la publicité : sois belle et tais-toi. Moi, j'ai envie de dire « vous êtes belle et prenez la parole ». Les voix, la variété des timbres, la mélodie du phrasé et les accents vont créer une polyphonie. Parmi les textes lus jusqu'à présent nous trouvons Rimbaud, Baudelaire, Brigitte Fontaine, Heidegger, Beckett, un sage indien, une liste de choses à faire... autant d'exemples que de femmes et d'histoires partagées.

Pour ce sujet Marie-Hélène Le Ny a fait le choix du noir et blanc : « ça permet de se déconnecter du réel et de la fenêtre sur le réel, de se déconnecter du jugement de goût, d'être dans une image construite, pas dans un reflet de la réalité. Ça crée un décalage et une unité. » Elle veut des sujets et non pas des modèles, être le plus près possible de ce que ces femmes sont dans la vie, à l'opposé d'une image retouchée.

Son envie part souvent d'un questionnement. Rien n'est fait par hasard. Même lorsqu'elle n'est pas à l'initiative d'un projet, elle se livre et se délivre de mille réflexions qui affleurent autour du fil qu'elle déroule : « L'idée, ce n'est pas de décorer mais de poser des questions. D'interroger les gens ou que les gens s'interrogent. »

Ainsi, elle est amenée à participer à un projet d'exposition collective en 2008  sur la ru-réalité, c'est-à-dire la réalité d'aujourd'hui dans les territoires ruraux. « ça m'a conduite à m'interroger sur l'idée qu'on ne peut rien faire aujourd'hui sur la planète qui n'ait pas une répercussion quelque part d'une manière ou d'une autre. » Elle titre alors ce projet sur lequel elle travaille depuis deux ans : Le battement d'ailes des papillons.

A partir de chaque thème (le transport aérien, la déforestation...) elle assemble les images d'un lieu : « j'élabore un objet esthétique parce que c'est construit comme une image à regarder. Puis on peut faire autre chose que regarder et rentrer dans le détail. »
Et comme Marie-Hélène Le Ny est une femme qui n'arrête presque jamais de travailler, de réfléchir, de lire, de questionner, elle fait partie d'un collectif : Images buissonnières, association de photographes fondée par Francis Jolly qui travaille soit en milieu scolaire soit dans les quartiers avec des adultes. Le but c'est l'éducation à l'image au travers d'un travail plastique mais aussi d'un apprentissage de la lecture d'image : «  Une image ce n'est pas un reflet sur un miroir, il y a quelqu'un qui l'a faite avec une intention plus ou moins consciente mais ce n'est jamais neutre ni gratuit. Il y a de l'humain derrière et j'essaie de décortiquer tout ça ». Comment pourrait-il en être autrement pour cette femme qui cherche toujours du sens et dont l'intention n'est jamais creuse et sans valeur humaine.
Influencée et fascinée par Duane Michals qui travaille le texte, l'image et s'interroge sur le sens de la vie, par Jean Le Gac qui mélange la peinture, la photo et le texte, Marie-Hélène trouve sa place avec beaucoup de générosité : « J'ai envie de laisser la parole aux gens que je photographie. Une part de la photo est aujourd'hui agressive, manque d'empathie et est extrêmement prédatrice. » Elle se souvient de ces images en 1985 en Colombie, de cette petite fille morte engloutie dans la boue que le monde entier a regardé mourir : « C'est une image indécente qui n'a servi à rien. Le témoignage choc devient intéressant lorsque vous pouvez vous emparer de votre pouvoir d'homme, de citoyen pour changer quelque chose d'insupportable sinon c'est du voyeurisme. »

Oui, Marie Hélène Le Ny nous force vraiment à regarder l'image qui nous est proposée avec plus de cœur et de réflexion, à rendre notre regard actif et participant. En ajoutant des mots, en nous offrant des clefs et en nous indiquant des pistes, elle nous donne la possibilité de prendre part au monde et de devenir des êtres humains conscients.

« Je ne sais pas si les images peuvent changer le monde ? » conclut-elle, mais elles arrêtent le regard et c'est déjà beaucoup dans un mode de vie qui nous fait souvent perdre de vue l'essentiel...





www.mariehelene-leny.fr

femmesenmouvement.over-blog.com

« On ne naît pas femme, on le devient. »

Toutes pour une et une pour toutes...


imagesbuissonnieres.asso.fr
[A] Valérie Belmokhtar
Texte Fanny LASSERRE
Photos Gisèle DIDI


» Archives Culture | Double face

 

Accueil  •  Sommaire  •  Culture  •  Plaisirs  •  Reportage  •  Intime  •  Bien-être  •  Mode  •  Sub Yu  •  Infos légales  •  Contacts
Copyright Clair Média [2008|2012]  •  Tous droits réservés
Haut de page

Notre site Sub Yu Magazine est listé dans la catégorie Actualité et médias : Journal, magazine de l'annuaire WRI

referencement