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Par Jean-Pierre Maurel le 12/06/2011 | Réagir | Envoyer | Imprimer
Quelque chose comme le bruit... 
Le bruit... Le son... C'est d'abord ce qu'entend l'oreille humaine. On le sait depuis un certain temps, l'oreille humaine est un instrument extraordinairement sensible et précis, à divers titres plus que l'œil ! Les Anciens ne l'ignoraient point qui mettaient l'audition en tête des sens. Dans la Bible, l'occurrence « Ecoute, Israël » est innombrable quand celle de « Regarde » ou « Contemple » est rarissime. On sait que l'œil est sujet à un nombre relativement important d'illusions d'optique, on en fait des jeux, mais il n'y a quasiment pas d'illusion auditive. On ne trompe pas une oreille.
On sait qu'un bruit se caractérise par des longueurs d'onde, des fréquences. Mais contrairement à la lumière, qui peut se déplacer dans le vide, le bruit ne se diffuse que sur un support, le premier d'entre eux étant l'air. La vitesse de propagation du son varie considérablement selon les milieux. Dans l'air, comme chacun sait lorsqu'il veut calculer où se situe le centre d'un orage, de l'éclair au coup de tonnerre, la vitesse du son est de 341 mètres par seconde (1228 km/h). Dans l'eau de mer, ça va beaucoup plus vite : 1435 mètres par seconde (5166 km/h). Et dans l'acier, 5000 mètres par seconde, calculez donc la vitesse horaire...

Propriété très utile pour l'industrie ! Un seul exemple : le son se déplaçant beaucoup plus vite dans du béton que dans l'air, un son qui s'y déplacerait trop lentement signifie forcément que le béton est mauvais, il contient trop de bulles d'air.
Autre point de cette petite révision de notions élémentaires : l'unité de mesure la plus courante pour le son est le décibel, noté dB. Sans entrer dans les détails, sachons que la division en décibels n'est aucunement linéaire. En d'autres termes, 100 décibels, ce n'est pas du tout le double de 50. Il faut savoir que la puissance d'un son (pour l'oreille humaine) double environ tous les trois décibels ! Ce qui veut dire qu'un son de 130 décibels est mille fois plus puissant qu'un son de 100 décibels. Malheureusement trop de gens ignorent ce détail qui se collent à des enceintes acoustiques et détruisent leur audition.

Une autre caractéristique : les sons s'ajoutent lorsqu'ils ne sont pas trop différenciés. 80 dB plus 80 dB donnent 83 dB (et non pas 160, voir le paragraphe précédent). Mais quand il y a de gros écarts, les sons, pour l'oreille, ne s'ajoutent plus : pour un bruit d'avion à 120 décibels plus un bruit de voiture à 80, le résultat est toujours celui du bruit le plus fort, en l'occurrence, 120 dB.

Quels sont les effets d'un son ? Il possède une puissance, exerce une pression (notamment sur le tympan), enfin il agite les molécules du milieu qu'il traverse.
B
Pour fixer les idées : zéro décibel correspond en puissance à 0,5 watts qui seraient répartis sur toute la France ; la pression exercée équivaut au poids d'une couche d'eau de deux milliardièmes de mètre ; le milieu agité par le passage du son à zéro décibel s'agite sur deux dixième de l'épaisseur d'un atome (c'est-à-dire vingt centièmes de milliardième de mètre). Autant dire que l'oreille à ce niveau n'entend strictement rien, un tel silence pouvant rendre fou s'il se prolonge.

Dernier point, pour fixer les idées : pour une fréquence de 1000 hertz, le bruit en forêt est de 30 dB, un restaurant bruyant (ne citons pas de nom) est à 80 dB, une discothèque est à 110dB, l'équivalent d'un marteau-piqueur à cinq mètres ; les vuvuzelas de la dernière Coupe du Monde de football produisaient 120 dB, à peu près le bruit d'un avion au décollage à 300 mètres ; 130 dB est considéré comme le seuil de douleur. Si vous tirez au fusil d'assaut, vous recevez 170 dB (casque indispensable). On dit que 194 dB est le bruit le plus bruyant possible dans l'air à la pression atmosphérique du niveau de la mer. A ce niveau-là, on ne parle plus seulement d'onde sonore mais d'onde de choc.
Ouf, assez révisé, illustrons tout cela par quelques bruits célèbres.

Le bruit le plus mystérieux

L'été 1997, pendant plusieurs semaines, des navires de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) ont enregistré un son qui est encore aujourd'hui, inexpliqué. Ce son a été baptisé le « bloop ». Il est d'une puissance énorme, dans le registre des ultra-basses fréquences. Si puissant que des capteurs ont pu l'enregistrer à plus de 5000 kilomètres de son point d'origine.

Les scientifiques ont analysé les enregistrements de ce son. Ce qui les a frappés, c'est que dans la manière dont il monte en fréquence, l'audiogramme ressemble dans ses courbes aux sons émis par des créatures vivantes, et au premier chef les baleines. Problème : si l'on rapporte la puissance et les amplitudes des cris animaux connus à leur taille, on trouve pour le mystérieux « bloop » un animal d'une taille... gigantesque.

Alors on en reste là. Aucune explication. Le son depuis la fin de l'été 1997 ne s'est plus jamais refait entendre.
Mais revenons au point d'origine de ce « bloop », et c'est là que l'imagination se débride ! Ce point se situe dans les parages du fameux « point Nemo ». Qu'est-ce donc ? Les géographes ont baptisé ainsi le « pôle maritime d'inaccessibilité », en d'autres termes le point de l'océan le plus éloigné de toute terre émergée.
Ce point est au cœur de l'océan Pacifique sud. Quelle que soit la direction où l'on regarde à partir de lui, donc sur 360 degrés, il est éloigné de toute terre émergée d'au moins 2688 kilomètres. La terre la plus proche est l'île Ducie. Pour les amateurs de géographie voici ses coordonnées : 48°50' S, 123°20' W.

Il est déjà beau que ce bruit, sinon la bête, la chose qui le produit, parte du point sur Terre le plus éloigné de toute terre. Mais ce n'est pas tout : un immense écrivain de science-fiction et de terreur, quasi visionnaire, Lovecraft, situe la ville fictive de R'lyeh très près du point Nemo, dans sa nouvelle « L'appel de Cthulhu » (très exactement 47°09' S, 126°43' W). D'après Lovecraft, cette ville engloutie serait la demeure du grand Ancien Cthulhu, enfermé pour l'éternité sous une dalle constituée d'énormes blocs agencés « selon une géométrie non euclidienne ». Puni pour s'être révolté contre l'Assemblée des Anciens, enchaîné à l'instar de Prométhée, Cthulhu, parfois, appellerait...

Laissons-nous fasciner par les coïncidences et par l'énigme du « bloop », sans autre commentaire.
Essayez d'écouter le bloop avec ce lien :
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Le bruit le plus fort

Après plusieurs explosions partielles les jours précédents, le volcan du Krakatoa, à l'est de Java, saute enfin : à 10 heures 02, le 27 août 1883. Le bruit le plus fort qu'ait jamais entendu oreille humaine rend sourd des milliers de gens, parcourt plusieurs fois la circonférence de la Terre sous forme d'onde de choc (l'explosion a développé une puissance de 13 000 fois la première bombe atomique de l'histoire). Le bruit est entendu jusqu'en Australie, en fait il est entendu sur un douzième de la surface de notre planète. On a pu estimer qu'à 160 kilomètres de l'explosion, le bruit atteignait encore 180 décibels.

Sub Yu n'est pas en mesure de vous faire entendre ce bruit, veuillez nous en excuser.

Le bruit le plus poétique

Le chant des dunes est mentionné, depuis Marco Polo, dans un certain nombre de textes et de témoignages d'explorateurs ou d'écrivains voyageurs.

Il s'agit d'un son de basse fréquence (autour de cent hertz), dont la puissance peut monter jusqu'à cent dix décibels à la surface de la dune.

Il est émis lors d'une avalanche, naturelle ou déclenchée artificiellement lorsqu'on dévale par exemple la face la plus pentue d'une dune. Mais toutes les dunes ne chantent pas. On en recense un certain nombre dans le monde, dans le désert sur lequel s'appuie Abou Dhabi par exemple, dans certains lieux du Sahara, également en Chine et en Amérique.

Explication ? Pas facile à établir, la question reste en suspens. On pense par exemple que les grains de sable, qui font chacun un petit bruit en roulant, dévalent la pente de manière très cohérente, de sorte que les vibrations s'ajoutent au lieu de s'annihiler. C'est un peu le même phénomène qui oblige les soldats marchant au pas à rompre le pas dès qu'ils traversent un pont, faute de quoi le pont pourrait s'écrouler dans l'addition et le renforcement cohérents de chaque pas à l'unisson.

Mais on ignore presque tout des conditions particulières qui permettent à telle dune et point à telle autre de se mettre à chanter.

Pour écouter le chant des dunes, à condition d'avoir un très bon casque ou un système capable d'encaisser et de retransmettre du 100 hertz  :
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Le bruit le plus horrible

D'accord, nous sommes méchants. Mais tout de même, comment expliquer que la cantatrice soprano Florence Foster Jenkins ait connu un pareil succès ? Née en 1868, morte en 1944, elle se met à chanter dès qu'elle hérite de la fortune de son père. Vient le soupçon (une fois qu'on l'a entendue !) qu'elle paye pour chanter... Elle commence à chanter en 1912, mais c'est en 28 (après la mort de sa mère et... un nouvel héritage) qu'elle acquiert une gloire tout à fait stupéfiante (attendez de l'écouter !). Elle chante si faux, avec un sens du rythme si catastrophique, elle s'essouffle si vite dans les tenues de notes qu'on se demande comment les chefs d'orchestre, en tout cas ceux qui acceptaient de l'engager, pouvaient diriger les œuvres du grand répertoire, car madame Jenkins trouvait digne d'elle de chanter, outre Verdi, Brahms et Richard Strauss, l'air horriblement difficile de la Reine de la Nuit dans « La flûte enchantée » de Mozart.

Il paraît que son public l'adorait pour sa tenue en scène fort peu... conventionnelle (elle n'était pas avare de gestes et d'émotions fortement manifestées !), et quand explosaient rires moqueurs, sifflements ou tomates, elle était absolument persuadée que le chahut en salle était commandité par des cantatrices envieuses de son talent. Quelle sacrée assurance, mais qui, après tout, fit son succès. On n'en veut pour preuve que cette citation, qui pourrait figurer dans une anthologie de l'autosatisfaction: « Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra jamais dire que je n'ai pas chanté. ».

Elle se produit encore à 76 ans au Carnegie Hall - excusez du peu - avant de mourir.

Voulez-vous l'écouter... et la voir ? Accrochez-vous pour une mémorable expérience !
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Le bruit le plus utile

C'est l'ensemble des bruits que produit le corps, et qui, Dieu merci, ne sont pas audibles par nos oreilles. En tout cas, le cerveau fait l'impasse sur eux. On sait la souffrance psychique que peuvent causer certains bruits du corps, comme les acouphènes.

Le premier qui a compris l'utilité des bruits du corps pour la santé est le fameux médecin René Laennec. Il invente l'auscultation en 1816. Cœur, poumons, bronches, intestins, carotides et artères fémorales sont écoutés grâce au stéthoscope. Il s'agit d'une formidable méthode de diagnostic, et il est à craindre que, à l'instar d'autres méthodes anciennes, comme le toucher, ou le frappement d'une phalange contre le ventre (encore un diagnostic par acoustique), ces gestes médicaux soient partiellement oubliés, déclassés, mal enseignés, au profit de l'utilisation de technologies extrêmement poussées, efficaces souvent, mais chères, très chères, quand une oreille attentive et formée suffirait.

Pour entendre des bronches malades (bon courage !)
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Pour entendre l'estomac d'une jolie femme ? Mais vous allez perdre votre romantisme.
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Texte Jean-Pierre MAUREL


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