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Par Jean-Pierre Maurel le 01/12/2009 | Réagir | Envoyer | Imprimer
Ce Cercle que l'on croit vicieux...
« Le Cercle » est l'un des fleurons de la maison d'édition que dirige le célèbre auteur de la série SAS, Gérard de Villiers. Cette collection rassemble quelques-uns parmi les meilleurs titres publiés aujourd'hui dans le secteur de la littérature érotique, littérature autrefois soigneusement dissimulée dans les bibliothèques des bourgeois dans un rayonnage sous clé qui s'appelait « l'enfer ».

Rencontre avec Marie-Thérèse Schotsmans, la responsable de la collection « Le Cercle ».
Quand on demande un rendez-vous pour interview à l'assistante d'édition qui a en charge la collection érotique du Cercle, l'imagination galope, les stéréotypes sont au rendez-vous : femme fatale aux cheveux d'un noir de jais et à la voix rauque, blonde opulente en minijupe de cuir et corsage archi décolleté croisant ses jambes interminables dans le bruit soyeux de ses bas ; ou bien femme faite au moule au visage éclairé d'yeux magnifiques d'un vert indéfinissable... Mais oui, gagné, cette dernière hypothèse est la bonne. A quoi il faut ajouter cette forte impression d'une personnalité équilibrée et rayonnante. Alors, première question stupide adressée à Marie-Thérèse Schotsmans, « mais d'où vous vient pareille santé ? ».
Marie-Thérèse Schotsmans. Je marche. Je suis une grande randonneuse. Je nage aussi. Partout où il y a de l'eau. Et je marche, partout où se trouvent des chemins de randonnée, plaines, montagnes, forêts ou déserts...

Jean-Pierre Maurel. Je vous vois entourée de livres... Que trouve-t-on dans vos archives ?

M.-T. S. Des séries policières, au premier rang desquelles la célèbre série SAS...

J.-P M. Le prince Malko et son château en Autriche ?

M.-T. S. Le prince a toujours besoin d'argent pour la toiture de son château, ce qui garantit la suite de ses aventures !

J.-P. M. Quoi d'autre ?

M.-T. S. La collection « Le Cercle », dont la tâche principale est de retrouver et de publier à neuf les grands textes érotiques de l'histoire littéraire, souvent peu connus...

J.-P. M. Comme ?

M.-T. S. Je citerai Pierre Bourgeade, Jacques Almira, Claude Seignolle, Françoise Rey, Serge Filippini, Wolinski, Emmanuelle Arsan...

J.-P.M. Vous envoie-t-on des manuscrits originaux ?

M.-T. S. Ce n'est pas la source principale de nos publications, mais oui... Et l'on découvre des auteurs... Constance Baumont, la Canadienne Marie-France O'Leary...

J.-P. M. Votre livre préféré dans cette collection ?

M.-T. S. Peut-être « Marie Janvier s'est endormie », de Vincent Dubary.
J.-P. M. Où avez-vous appris le métier ?

M.-T. S. Je suis dans l'édition depuis 1968. J'ai été quinze ans l'assistante d'un personnage-clé de l'édition, Christian Bourgois, créateur et directeur de la maison d'édition éponyme.

J.-P. M. Grand éditeur ! Vous avez dû faire de belles rencontres ?

M.-T. S. Le plus adorable fut certainement Arrabal, qui me faisait des dédicaces délicieuses comme « Courons ensemble sur le sable chaud... ». Le Suisse Bernard Comment, aujourd'hui directeur littéraire au Seuil. Pierre-Guillaume de Roux, qui fut mon stagiaire au début des années 80. Le philosophe Jean-Luc Nancy. Philippe Lacoue-Labarthe qui m'écrivait d'admirables lettres. Ou encore le grand traducteur de l'anglais Brice Mathieussent.

J.-P.M. Ensuite vous avez quitté la maison...

M.-T. S. ...pour passer dans celles de Gérard de Villiers où je suis depuis treize ans.

J.-P. M. Et là, des rencontres plus... hot !?

M.-T. S. Comme vous y allez ! Mais des histoires drôles oui, j'en ai vécu. Par exemple cet auteur du Cercle qui ne m'avait qu'au téléphone, et que ma voix charmait peut-être, qui a écrit, je pourrais dire « brodé », tout un roman érotique autour de ce qu'il imaginait de moi, de mon apparence et de ma personnalité...

J.-P. M. Donnez-nous le titre de ce livre !

M.-T. S. Si je vous disais de le trouver tout seul...

J.-P. M. Mais... il me faudrait lire toute la bibliothèque du « Cercle » ! N'y perdrais-je pas ma vertu ?

M.-T. S. Beaucoup de nos clients le font ! Ils sont quasiment abonnés à la série ! S'ils y perdent certaine vertu, ils y gagnent celle de la persévérance. Quant à la vôtre...

J.-P. M. Passons... Au fait qui sont vos clients ?

M.-T. S. Postiers, agents de restauration, mais aussi professeurs, professions libérales... je crois bien que la collection couvre l'ensemble du champ socioculturel. Ajoutons à cela qu'aujourd'hui, on ne se croit plus obligé de dissimuler ce genre de lecture sous un emballage de la bibliothèque... rose !

J.-P. M. Et comment se fait la répartition entre lecteurs et lectrices ?

M.-T. S. Là, les choses sont beaucoup moins équilibrées. Autant que je puisse en juger, 90% de lecteurs, 10% de lectrices.

J.-P. M. Diable ! Comment expliquez-vous cette différence ?

M.-T. S. Peut-être les femmes n'avouent-elles pas lire ce genre de littérature ? En tout cas, la situation est différente si vous jetez un coup d'œil sur la liste de nos auteurs. La parité, pour employer un mot à la mode, y est à peu près respectée. Les femmes ont donc tort de se priver de la lecture de leurs consoeurs, qui ont des choses à dire sur le sujet, même si elles le disent autrement que les psychanalystes.

J.-P. M. Le mot de la fin aurait pu être celui-là, mais dites-moi encore : pourquoi « Le Cercle » ?
Mon interlocutrice sourit, évasive.

M.-T. S. Je vais vous faire un aveu : l'origine de cette appellation est obscure... ce qui n'est pas pour me déplaire, cela libère l'imagination...

J.-P. M. Et que vous dit la vôtre ?

M.-T. S. Que cette littérature était autrefois rangée dans « l'enfer » des bibliothèques. Et « L'enfer », le premier livre de la Divine Comédie de Dante, souvenez-vous, est composé de cercles. Dans le deuxième des neuf cercles, celui des luxurieux, on s'y amuse encore... un peu... on y trouve les impudiques et ceux qui sont morts d'amour ! Alors les éditions « Le Cercle », c'est la frontière fragile qui sépare le plaisir en enfer de l'enfer du plaisir... A vous de voir !
Propos recueillis par Jean-Pierre MAUREL
Photos Gisèle DIDI


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