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Par Jean-Pierre Maurel le 01/04/2010 | Réagir | Envoyer | Imprimer
Une histoire de fesses
Les Seychelles... une destination de rêve n'est-ce pas ? Surtout si l'on vous dit, en appuyant les mots de quelque air entendu : « Qu'attends-tu pour y aller ? Il y a de la fesse ! »

Pourtant, quels que soient vos désirs, votre sexe, vos mœurs, la vérité oblige à dire que la fesse, là-bas, y est quelque peu râpeuse, dure, et pour tout dire impénétrable. Mais suggestive, ça oui, certainement !

Il faut en effet aller aux Seychelles (et nulle part ailleurs), puis, une fois là-bas se rendre sur l'île de Praslin et dans la vallée de Mai (classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco) et au fond Ferdinand, pour contempler l'un des objets les plus étranges qu'ait jamais conçus la Nature... et qu'elle n'a conçu - Dieu seul sait pourquoi - qu'en cet endroit béni des génies locaux et des touristes.
Il s'agit du fruit du palmier à Coco de mer, également baptisé « Coco fesse ». Ce palmier, quand il est femelle, porte comme fruit la plus grosse graine au monde. Elle peut peser plus de 20 kg, et sa gangue, à l'âge adulte, adopte la forme d'une magnifique paire de fesses, à tel point que le qualificatif qui vient à la vue de certaines des mieux... réussies, ne peut être autre que celui de callipyge. La nature ne se contente pas de dessiner parfaitement la fissure qui sépare les deux globes opulents (rappelons que l'étymologie de fesse est « fissa », c'est-à-dire « fente »), elle semble ajouter, tout au bas des fesses, dans quelques replis aussi ombrés que mystérieux, une autre fente, plus petite, que les auteurs en mal d'inspiration ont si souvent qualifiée de divine, ou de « grotte d'amour ». Et, pour parfaire la ressemblance, il s'y trouve même quelques poils follets, peut-être un peu rêches, mais on aurait tort de faire la fine bouche devant tant de bonne volonté manifestée par Dame Nature.

Pour éviter toute démonstration de jalousie mal placée au royaume des plantes, il se trouve que le palmier à Coco de mer, quand il est mâle, produit, lui, une sorte de longue inflorescence propre à donner quelques complexes aux membres de la famille des équidés. Tout cela en dit long sur les mœurs débridées de notre planète.
Et l'on se prend à rêver, devant pareil spectacle, que toute Nature vertueuse aurait censuré - mais la Nature n'a pas de morale et ignore la censure - on se prend à rêver de ce qu'aurait pu écrire, à la fin du XVIIIème siècle, le bon, le naïf, l'ineffable Bernardin de Saint-Pierre, grand amateur d'îles exotiques. Nul doute qu'il eût été abominablement choqué, lui qui, dans son roman « Paul et Virginie » fait mourir par noyade... et par pudeur, sa malheureuse héroïne. Elle aurait pu être sauvée en se déshabillant mais, n'est-ce pas, il eût fallu se montrer nue devant quelques marins et son chéri, il n'en était pas question ! C'est également Bernardin de Saint-Pierre qui écrit, dans l'une de ses études sur la nature, ces phrases immortelles : « Le melon a été divisé en tranches par la nature afin d'être mangé en famille. La citrouille étant plus grosse peut être mangée avec les voisins. »
D'où la question : « pourquoi le Coco de mer affecte-il la forme d'une magnifique paire de fesses ? » Mettons-nous à la place de Bernardin de Saint-Pierre, en écrivant sa dernière et posthume étude naturelle : « Alors que je mettais le pied dans la vallée de Mai, au fond Ferdinand, je vis ce qu'aucune femme, aucun homme digne de son humanité n'aurait osé montrer d'elle-même, de lui-même, à quiconque. Je vis des fesses, partout des fesses, encore des fesses et, me raidissant contre la chose de toute la force de mon âme, refusant à mon corps défendant d'entrer si peu que ce fût dans le jeu de l'infâme suggestion que la Nature offrait à la concupiscence des hommes, je priai Dieu qu'il m'éclairât sur ses desseins profonds. Si Leibniz affirme qu'à toute chose le Dieu des chrétiens a donné raison suffisante d'exister, alors quelle était donc la raison suffisante pour qu'apparût dans l'ordre naturel le Coco fesse ? Abîmé dans la prière, agenouillé et en appui derrière un Coco fesse que j'enserrais de mes cuisses pour en mesurer toute l'indigne rotondité, alors que Votre silence prolongé me conduisait à quelques halètements d'impatience bien sentie, oh Dieu vous m'inspirâtes alors, dans votre immense sagesse, cette réponse : « le Coco fesse existe pour rappeler à tout homme l'existence de Dame Tentation et de son double cortège, le plaisir d'y céder comme la vertu d'y résister. » « Mais que choisir alors, mon Dieu ? » « Voyons, mon vieux Bernardin ! Je ne vais pas mener ta vie à ta place. Mais voici toutefois un conseil : si tu cèdes, la grande affaire est de ne pas se tromper de fesse... ».
On le voit, il y a explication pour tout... sauf pour ce fait étrange, déjà signalé : il n'y a de Coco fesse que sur l'île de Praslin. D'ailleurs, il paraîtrait que l'expression « cucul la praline » vient de là. On pourrait dire que la Nature a choisi le fond Ferdinand à Praslin comme laboratoire d'étude, avant de doter l'espèce humaine et certains mammifères du même dispositif, en l'améliorant quelque peu, et je laisse au lecteur le soin d'en énoncer les perfectionnements, dont le dernier, mais non le moindre, est d'avoir rendu possible l'invention de la fessée, sans conteste un immense facteur de progrès dans l'éducation, dans l'instruction et dans le renouvellement du désir.



Alors, ne soyez pas un fesse-mathieu, ouvrez votre portefeuille, offrez-vous un billet pour les Seychelles, posez vos fesses sur un siège d'avion (ce que c'est pratique tout de même d'en avoir une paire !), et allez voir sur place le plus joli clin d'œil de l'Evolution.
Texte Jean-Pierre MAUREL
Photos DIVA (Gisèle DIDI & Thierry VASSEUR)


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