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Par Fanny Lasserre et Gisèle Didi le 24/01/2011 | Réagir | Envoyer | Imprimer
L’hôtel O, l’Odyssée d’un chantier 
Partie 1
Un matin gris dans Paris, à deux pas de la Place des Victoires, nous avons rendez-vous sur un chantier. Il fait froid dehors comme dedans puisque la frontière entre les deux ne tient plus qu'à quelques murs parfois sans fenêtres. Nous gravissons les marches de l'escalier, vestige de l'ancien établissement que le groupe Elegancia Hôtels entreprend de transformer en étroite collaboration avec le designer Ora Ïto.
 
Nous parcourons des corridors sans portes, pénétrons dans de petites chambres, claires, étroites, en enfilades et nous avons du mal à imaginer que de cette brutalité franche et glacée, va naître le plus cosy des abris, encore mystérieux, partiellement dévoilé par Christophe Sauvage, directeur général du groupe, qui distille au compte- gouttes les aménagements qui vont être faits. Car Ora Ïto cultive le secret comme une plante précieuse qui dans un jardin imaginaire commencerait à pousser. Il nous faut mettre en place mentalement le lit, les meubles, la douche, la lumière, l'eau et les protagonistes d'une nuit ou d'une semaine au cœur de la capitale, au sein d'un hôtel dont le rêve se construit sous nos yeux. Un cocon qu'une chenille fabrique avec soins afin que le papillon qu'elle va devenir soit unique mais pas éphémère.
 
A mesure que nous montons dans les étages, nous prenons la mesure des difficultés, des mauvaises surprises qu'il faut contourner, dont il faut sans cesse trouver la solution afin de mener à bien le projet. En amont, Ora ïto, qui a rêvé et travaillé pour que ce songe de papier devienne une réalité simple et complexe, oxymore cher au designer. Sur le terrain chaque semaine, Christophe Sauvage et ses collaboratrices évaluent, jaugent, réfléchissent, ne dorment plus, tracent leur chemin dans la poussière et la sciure, pour que de ce chaos fragile, le plus parfait des nids puisse s'arrimer à une branche solide. Et tout au bout de cette chaîne, d'autres acteurs de cette odyssée, ceux dont on parle peu mais qui sont pourtant essentiels, les ouvriers qui vivent le quotidien, qui œuvrent à la réalisation d'un concept dont les contours sont encore flous pour les simples spectateurs que nous sommes. Ils bâtissent, ils soudent, ils abattent, ils transportent, ils suent malgré la température glaciale, ils ont froid aussi, ils s'interrogent parce que nous prenons des photos de la goulotte qui sert à évacuer les gravas, ils bavardent, sourient, ils sont ceux que nous avons aussi voulu mettre dans la lumière, quelques mots, un regard, un témoignage de leur présence, une reconnaissance de leur travail.
 
Tous se prêteront avec beaucoup d'excitation au jeu. C'est une première pour eux que de poser devant un objectif sous les flashes, sur leur lieu de travail juste après leur pose déjeuner. Un par un puis tous ensemble, ils viennent dans notre studio de fortune monté à la hâte dans les étages du chantier, leurs regards et leurs sourires sont la part d'humanité qui restera entre ces murs encore nus.
 
Reportage Fanny LASSERRE et Gisèle DIDI


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