
| Lisbonne la « collineuse » |  | Lisbonne... l'une des plus belles destinations proches de Paris. Deux heures après le décollage à Orly à bord d'un avion de la TAP, atterrissage en douceur sur la piste de l'aéroport de Lisbonne, à Portela Sacavem... | La toute première chose qui nous frappe, alors que le taxi nous dépose à notre hôtel au cœur de la capitale du Portugal, c'est... le prix de la course : les taxis lisboètes sont tout simplement trois fois moins cher que les parisiens. Dépôt des bagages, puis premier contact avec les rues de Lisbonne. Les rues et les trottoirs, justement, superbes ! Où que l'on aille, dans le bas ou les hauts de la ville, dans les quartiers chic comme dans les populaires, le sol tout entier est pavé de très beaux motifs, de sorte qu'on a l'impression de marcher dans un immense palais à ciel ouvert. L'explication tient à l'opulence de la ville au XVIème siècle, qualifiée alors de « cité la plus riche du monde ». C'est l'époque de la construction de merveilleux palais et maisons privées et du pavement des rues, avec des formes géométriques dessinées par des cubes de calcaire blanc et de basalte noir, la « chaussée portugaise ». Un luxe que la plupart des villes européennes ne purent jamais s'offrir. |  | Marcher dans Lisbonne nécessite d'adopter le pas tranquille des alpinistes. Lisbonne « collineuse »... La ville est en effet bâtie sur plusieurs collines, sept aux dires des Lisboètes, « comme Rome ! ». Autrefois appelé Lusitanie, une province fondée par l'empereur romain Auguste, le Portugal s'enorgueillit de posséder l'une des plus vieilles capitales d'Europe, fondée en 1200 avant Jésus-Christ par les Phéniciens. Ils la baptisèrent Alis Ubbo, autrement dit « port sûr, anse agréable ». De fait Lisbonne bénéficie d'une situation exceptionnelle à l'embouchure du Tage et sur la côte atlantique, qui favorise un double commerce, vers l'intérieur des terres comme vers les destinations maritimes les plus lointaines, jusqu'en Extrême-Orient. |  | Trois quartiers à ne pas manquer
Trois quartiers ont mérité toute notre attention. D'abord, le bas quartier au bord du Tage. Il commence au bas de l'avenue de la Liberté, devant la superbe gare da Rossio, construite à la fin du XIXème siècle. Une succession de places aux motifs pavés ondulants nous conduit à la rue Augusta, les Champs-Elysées de Lisbonne, avant de déboucher sous les arcades de la place du Commerce, devant le Tage, si large à son embouchure qu'on croirait l'océan. C'est tout près d'ici qu'en 1497 est partie l'expédition de Vasco de Gama vers les Indes. Quelques décennies plus tard, le plus grand poète portugais, Camoens, pouvait dire de Lisbonne qu'elle était devenue « la princesse incontestée des autres cités du Monde, devant qui cède la mer profonde. » Et puisque nous parlons de littérature, nous n'avons pas manqué de faire un pèlerinage au café-restaurant Martinho da Arcada, place du Commerce, où quelques grands artistes portugais avaient ou ont toujours leurs habitudes : l'immense Fernando Pessoa, dont le « Livre de l'intranquillité », son journal intime, est d'abord le roman de Lisbonne. Et aussi Jose Saragamo, prix Nobel de littérature, ou encore le cinéaste Manuel de Oliveira.
Errer dans Lisbonne est une belle et changeante aventure : que ce soit à pied, ou bien, lorsqu'on est fatigué de monter et descendre et que l'arrière des mollets est pris de crampes, que l'on emprunte l'un des ascenseurs publics qui montent dans les hauts de la ville (comme le magnifique ouvrage de fer de l'Elevador de Santa Justa, construit en 1902, qu'il faut prendre absolument). Ou encore en utilisant la plus belle des lignes du tram, la 28, qui vous donne un aperçu complet de cette ville dont la cohérence le dispute à la variété des atmosphères et des quartiers. |  | Le tram 28, justement, nous déposa un matin dans le quartier du Bairro Alto, notre deuxième objectif. C'est là, depuis Baixa Chiado jusqu'aux dernières rues du Bairro, que se concentre la vie de Lisbonne, et sa jeunesse. Le soir à l'heure du dîner, nous fûmes attirés par des airs de fado dans un restaurant qui ne payait pas de mine. Il y avait là, dans l'Adega do Ribatejo, collés contre le mur, un guitariste et un chanteur, tous deux âgés, uniquement concentrés sur leur musique. Au cours du dîner, un vieil homme presque aveugle assis en bout de salle se mit à chanter. Quelques instants plus tard, venue de la cuisine ouverte sur la salle, une autre voix se mêla au concert. En nous retournant, nous vîmes la cuisinière, une poêle à la main, qui poussait son air en surveillant son feu. Un moment unique où la simple joie de chanter irriguait la mélancolie de la mélodie et des cordes pincées.
Mais peut-être notre préférence est-elle allée à l'Alfama, le quartier arabo-musulman, sans doute le moins fréquenté par les touristes. Sur ses hauteurs, avec des vues impressionnantes sur le Tage et ses ponts (l'un d'eux est une copie du Golden Gate de San Francisco), on y respire un air d'authenticité et de naturel irremplaçable. On y jouit de la belle lumière lisboète. « Une lumière qui est un bonheur pour le photographe », me glisse Thierry. Une lumière douce et précise à la fois, dont la texture s'explique par le fait que le Portugal est le dernier pays européen où se couche le soleil.
C'est dans ce quartier que le nombre d'immeubles désaffectés dans Lisbonne nous a frappés. C'est du haut du Largo do Limoeiro que nous avons imaginé la déferlante du tsunami atlantique après le tremblement de terre de 1755. Le plus violent de toute l'histoire. Non seulement Lisbonne fut détruit, mais la conscience et la philosophie européennes en furent changées. Le séisme frappa un pays très catholique le jour de la Toussaint ! Dans toute l'Europe on se posa à nouveaux frais la question de l'existence de Dieu, la question du mal, et celle de la nature. Kant, Rousseau, Voltaire tentèrent de comprendre. Voltaire écrivit son long poème sur le désastre de Lisbonne : |  | A Lisbonne à l'époque de la tragédie, le marquis de Pombal, qui allait relever brillamment la capitale de ses cendres, eut cette phrase... à la Churchill, sans fioritures sentimentales : « Il faut enterrer les morts et s'occuper des vivants». Il en profita pour limiter le pouvoir de l'Église et expulser les Jésuites du pays ! |  | Le Palacio Estoril et Sintra
En deux jours, nous avions à peine goûté aux plaisirs de la promenade, apprécié les dorades et sardines grillées, et une ou deux façons parmi les 365, d'accommoder la morue. Nous avions, le premier soir, dîné dans le meilleur restaurant de la ville, l'Eleven (voir notre article gastronomique « Rencontre en cuisine »). Nous avions envie de sortir de la capitale, le temps d'une journée. Départ pour Belem et sa fameuse tour, sentinelle des bords du Tage bâtie pour protéger Lisbonne, Belem objet de toutes les convoitises historiques, y compris celles des pirates de Francis Drake (qui ne parvint jamais jusqu'à Lisbonne !). Puis Estoril : son casino, le plus grand d'Europe, son golf et son fabuleux palace, le Palacio Estoril, où nous fûmes accueillis par le directeur avec une gentillesse qui semble bien être celle de la majorité des Portugais : quelle que soit l'échelle sociale, une cordialité, un accueil, une disponibilité sans faille, heureusement dépourvue de toute obséquiosité. Le mythique Palacio Estoril est l'un de ces palaces de pierre et de marbres comme on les rêve, en tout cas dans une certaine tradition luxueusement classique. C'est - excusez du peu - l'hôtel que choisit l'empereur du Japon Hiro-Hito pour y passer sa nuit de noces. Le roi Juan Carlos y séjourne. L'ambiance y est si douce et feutrée, les volumes si harmonieux et si bien liés entre eux, bien que de grande ampleur, que l'on s'y sent immédiatement chez soi. Un tour de force.
La belle piscine, dans le parc privé, avec sa ceinture de chaises longues en tek, nous a paru familière. Mais oui, c'est ici que fut tourné le seul James Bond incarné par George Lazenby, « Au service secret de sa Majesté ». Jouxtant l'hôtel, le Spa Estoril, ultramoderne, géré par Banyan Tree, doublé de thermes où parvient une eau de source très dense, lieu de cure pour affections respiratoires, dermatologiques, douleurs musculaires et du squelette. Non loin - on s'y rend à pied - le joli vieux centre de Cascais (prononcez « cash cash »... si vous n'avez pas de souci financier). De Cascais, nous sommes allés à Sintra, l'après-midi... Un seul mot sur cette ville haut perchée, classée au Patrimoine Mondial de l'Humanité : il faut y consacrer deux jours, car les merveilles s'y accumulent, entre palais et jardins paysagers dont les styles ont influencé toute l'Europe. Vous voulez vous offrir un rêve, un vrai, dans un luxe relativement abordable ? Quelques jours de folie entre farniente, art et dorades grillées ? Installez-vous au Palacio Estoril, prenez un café et une pâtisserie à Cascais, visitez les merveilles culturelles de Sintra, allez manger le soir dans un restaurant de fado du Bairro Alto ou de l'Alfama à Lisbonne... Tout est à portée de route, de train, de bus ou de tram. |  | Le lendemain, nous avons eu le courage insensé de nous enfermer, malgré le soleil et la douceur de l'air ! Oui, nous nous sommes enfermés dans l'Oceanorium, un hymne à l'incroyable richesse de formes et de couleurs que seule offre, à ce degré-là, la vie dans l'océan. Le site contient le plus grand aquarium du monde, cinq mille mètres-cubes d'eau, et la fascination y est totale, aussi blasé soit-on. Fascination... et joie du monde vivant : il faut avoir vu s'ébattre dans leur bassin les loutres, les animaux les plus joueurs au monde, pour comprendre que la Création est aussi un grand sourire intelligent. L'Océanorium a été construit dans le Parc des Nations, un vaste domaine conçu pour l'Exposition Universelle de 1998. C'est donc, architecturalement parlant, un quartier contemporain à la pointe de l'innovation.
Nous nous sommes enfermés dans la fondation Calouste Gulbenkian. Ce sont peut-être moins les peintures qui nous ont frappés que les collections de tapis d'Orient et de meubles français, Régence, Louis XV et Louis XVI, d'une si exceptionnelle qualité que même les indifférents s'arrêtent un instant.
Nous nous sommes enfermés au MUDE, un remarquable musée du design : vêtements et meubles des plus grandes signatures, une présentation moderne et passionnante utilisant toutes les ressources de la photographie et de l'image animée... et un sous-sol étonnant : la salle des coffres d'une ancienne banque, où les petits coffres de la clientèle privée ne renferment plus de numéraire ou de secrets, mais des graines ! Un conservatoire des graines du monde entier, depuis le très ancien blé épeautre égyptien jusqu'aux cent variétés modernes de céréales, de graminées, d'herbes médicinales...
Et notre dernière visite de ce trop court séjour fut pour le Fontana Park Hôtel, l'un des premiers hôtels entièrement design en Europe, couvert de grands prix du design, aménagé dans un building de 1909 qui abritait une aciérie. Une « Factory » dont la structure métallique a été conservée, les espaces aménagés dans des tons blanc et noir, animés de transparences lumineuses. Aux formes arrondies et circulaires des sièges répondent de grandes photos murales de matières naturelles traitées en pastels très doux (écorces, troncs d'arbres, verdures...). L'ensemble est d'une harmonie qui échappe à toute froideur et le bar de l'hôtel est l'un des rendez-vous vivants de Lisbonne by night.
Si l'on devait formuler une critique au sein de notre torrent d'éloges et d'enthousiasme pour cette ville, entre toutes les villes du monde la préférée de l'acteur de cinéma John Malkovitch (il y passe tous ses loisirs et a ouvert dans les anciens docks réaménagés au bord du Tage un restaurant et une boîte de nuit), alors nous devrions mentionner la difficulté à se repérer dans la cité et dans ses environs. La signalisation y est quasi inexistante. Avis aux graphistes spécialistes du logo et du mobilier urbain de signalétique : ils pourraient faire fortune à Lisbonne, à condition d'avoir l'oreille du maire.
|  | | Reportage Jean Pierre Maurel et Thierry VASSEUR | Nos infos pratiquesPour voyagerCompagnie aérienne portugaise : T.A.P. www.flytap.comPour se renseignerEn France : Office du Tourisme/Ambassade du Portugal, 3 rue Noisiel, 75116 Paris. 08 11 65 38 38. www.visitportugal.comA Lisbonne : Office du Tourisme, 15 rua do Arsenal. +351 210 312 700. www.visitlisboa.comPour un petit coup de cœur littéraireCafé-restaurant littéraire Martinho de Arcado, Place du Commerce, sous les arcades Pour écouter du fado en dînantRestaurant Adega do Ribatejo, 23 Rua do Diario de Noticias. Tél.: +351 213 468 343 Pour dîner dans le quartier arabo-musulman de l'AlfamaRestaurant Grelhador de Alfama, 135 rua dos remedios. Tél. : +351 21 888 62 98 Pour une soirée gastronomiqueRestaurant Eleven, rua Marquès de Fronteira, Jardim Amalio Rodrigues, 1070 Lisboa Tél. : 21 386 22 11 www.restauranteleven.comPour une échappée dans un hôtel de luxe en bord d'océan, à 20 minutes de LisbonnePalacio Estoril, à Estoril. www.palacioestorilhotel.comPour l'atmosphère purement design d'un grand hôtel de LisbonneFontana Park Hotel, rua Eng. Vieira da Silva. Tél.: +351 213 576 212. www.fontanaparkhotel.comNos remerciements vont à :Relais et Châteaux. www.relaischateaux.comMaria Teresa Felner da Costa, de l'AICEP à l'ambassade du Portugal à Paris Carmo Botelho, Office de Tourisme de Lisbonne Bernardo Moreira Rato, du Palacio Estoril Vera Costa Felix, du SPA Estoril Banyan Tree Paulo Aires, du Fontana Park Hotel Joachim Koerper, chef du restaurant Eleven Article lié : Le restaurant Eleven à Lisbonne |  |
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Jean-Pierre Maurel24/03/2012
 | On aurait aussi bien pu donner à ce reportage un autre titre, par exemple « Voyage dans une carte postale ». Tant il est vrai que tout le monde a été ou ira dans ce petit territoire des Alpes Autrichiennes marqué par tant de clichés. Peu importe : ceux qui savent voir sont capables d'arpenter en ces régions d'autres chemins que les sentiers battus. |
Fanny Lasserre01/02/2012
 | New York, toujours la même, toujours changeante, tel un Léviathan renaît et pose les fondations d'une ville qui à la fois se souvient et n'a de cesse de se tourner vers l'avenir à l'image de Ground Zero d'où s'élèvent deux tours biseautées qui commencent à refléter l'azur. Un sentiment de sérénité aussi comme si l'énergie légendaire de la ville s'était soudain apaisée. |
Diva (G.Didi/T.Vasseur)14/10/2011
 | Le dîner est servi à 15h à bord de l'Airbus A340 de Sri-Lankan Airlines en direction de Colombo au Sri Lanka. Là-bas il est déjà 19h. Un homme d'une soixantaine d'années sourit à notre fils et nous raconte sa fascination pour ce pays. Ce sera son septième voyage car là-bas c'est " le paradis sur terre" et il tient à faire découvrir cela à sa nouvelle compagne. "La gentillesse des gens, il faut voir cela et c'est beau partout ". |
Jean-Pierre Maurel et Thierry Vasseur12/06/2011
 | Parler de voyage à Marrakech : une incongruité, après l'attentat de la place Jemaa-el-Fna ? Non. Il s'agit plutôt d'un refus du chantage terroriste ; de la reconnaissance du caractère exceptionnel de cet attentat dans un pays qui a pris la mesure du printemps arabe et commence son chemin vers plus de démocratie. Ou encore, plus simplement, la volonté de ne pas se laisser dicter sa conduite et ses choix. |
Thierry Vasseur24/01/2011
 | Curieux destin que celui de la République Dominicaine. Vierge de toute présence humaine jusqu'au début de l'ère chrétienne, l'île est habitée depuis 1500 ans par les indiens Taïnos, lorsqu'un jour d'octobre 1492, Christophe Colomb et sa cohorte de conquérants envahissent la pointe occidentale et baptisent cette terre Hispaniola. L'île devient rapidement avec Cuba, l'un des centres de la colonisation espagnole des Amériques, avant d'accéder à l'indépendance en 1844. |
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