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Lors de mes premières vacances d'été, heureux de les commencer, j'ai loupé ma correspondance pour Arcachon, de surcroît c'est le dernier train. Tout en maugréant méchamment sur notre chère SNCF, je réfléchis à une solution de repli.
Je ne sais pas où je vais passer la nuit puisque j'arrive dans une ville dont je ne connais strictement rien et je n'ai pas réservé d'hôtel puisque je ne comptais pas m'y attarder. Tout est désespérément fermé ou complet. Dans l'urgence, je me dirige, un peu au hasard, sans trop savoir, dans le centre ville, puis je reviens vers la gare Saint-Jean à Bordeaux.
Comme il est très tard, plus de minuit, je reste sur un banc abasourdi. Je dois attendre le lendemain matin pour reprendre un train. Je me lève puis j'erre et je repère un coin qui semble tranquille. Je décide d'y passer la nuit, la plus interminable que j'aie jamais connue. Je tente de dormir en vain. Entre le vent qui siffle, les bruits difficilement identifiables, les SDF qui viennent également squatter le lieu, je ne me sens pas très rassuré. Je n'ai qu'une hâte, celle que le soleil se lève au petit matin afin qu'il me sorte de cette galère épouvantable.
Au lever, je suis entièrement engourdi après avoir été toute la nuit dans mon sac de couchage directement sur le sol. Je me sens perdu, déboussolé. Le jour rassurant commence à se lever tout doucement. J'entends les bruits des employés qui commencent à ouvrir les petits commerces. L'horloge de la gare affiche cinq heures et demie. Je retourne m'asseoir sur mon banc, en face, commence à s'ouvrir le café Saint-Jean. La lumière artificielle des néons et des spots de publicité m'aveugle et m'agresse puis me rassérène, je me sens davantage protégé.
Dans les moindre détails, je scrute son installation matinale. Je me décide à y rentrer. Immédiatement, je me dirige vers la baie vitrée exposée à la lumière du jour et je commande un petit déjeuner complet avec un café au lait. Je suis tout seul. Le patron me regarde de haut en bas. Il se dirige vers son comptoir, ensuite il m'apporte ma commande que je dévore du regard. Je commence à beurrer généreusement et à étaler la confiture de mes tartines de pain, puis je les trempe dans mon café au lait. Jamais, je n'ai autant savouré un petit déjeuner. Jamais une tranche de pain avec son beurre et sa couleur jaune solaire ne m'a parue aussi délicieuse, jamais un croissant ne m'a paru aussi doux. Dans cette tranche de vie et ses péripéties, je retrouve l'énergie réparatrice dans le sucre salvateur. En sortant du café, jamais, je n'ai autant apprécié le lever du soleil, la lumière du jour étincelante.
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