Accueil
L'équipe Archives Groupe Facebook
Contacts De vous à nous... Kit média
Sommaire Culture Plaisirs Reportage Intime Mode Actu / News Sub Yu
    »  Retour accueil  •  Maman bobo  •  Vivre  •  Etat de grâce  •  Fantasme
facebook
Par Robila Goudjil le 01/05/2010 | Réagir | Envoyer | Imprimer | Nous avons tous des fantasmes, pas vous ?
L'immeuble
Je ne sais pas comment je me suis retrouvée là. Cet endroit étrange et familier. Je suis devant un arbre à verrue excroissante, il est tout bosselé. Je le touche, mes mains, comme si j'avais creusé la terre, je baisse les yeux, mes pieds sont nus et en sang. Je n'ai pas mal. Un immeuble se dresse derrière l'arbre. Les racines ont éclaté le béton et forment un chemin jusqu'à la porte principale. Je marche sur les racines, c'est ma route imaginaire, je ne dois pas en descendre, je me sens petite. Six étages, j'ai compté six étages. Toutes les portes sont ouvertes. Grandes ouvertes. Des appartements semblables. Un lit immense qu'on pourrait y faire dormir et la famille du petit poucet et celle de l'ogre. Un long canapé noir en cuir. Je passe devant ces portes, je monte. Plus de six étages, c'est certain, l'escalier n'en finit plus. Je prends un long couloir car j'entends du bruit. Une femme qui n'a pas l'air surprise de me voir se bat joliment avec une paire de draps immenses d'une blancheur immaculée. Elle me regarde quand je suis sur le point de l'aider, elle fixe mes mains, je fais un tour sur moi-même cherchant un point d'eau. Elle se décale et je vois un puits. Je remonte le seau, l'eau est froide et me nettoie les mains. Je m'essuie sur mes cheveux. Quand je me retourne le lit est fait. La femme est partie. J'ai tellement envie de m'allonger. Je repars.
Toujours ces longs couloirs. Je marche longtemps. Vision fugace. Je m'arrête. Une petite fille est là. Un saladier posé au milieu du lit. On dirait des litchis. Elle en prend un et se le passe sous l'aisselle. Rien de mieux que des couilles de poulet pour empêcher la pousse des poils. Elle a une voix douce et un regard fiévreux. Une porte claque. C'est cette porte. Je ne la vois plus. Pas de poignée. Je colle mon oreille aucun bruit. J'appelle doucement puis de plus en plus fort. Je me retrouve entourée d'une foule qui marche et essaie de me diriger vers une autre porte. J'essaie de lutter, mais je suis transportée malgré moi. La foule n'est pas hostile. Je retrouve les escaliers. Je m'assois sur une marche. Je pose mes mains blanches à côté de mes pieds rouges. Il manque une plume dans mes cheveux. Et j'éclate de rire. L'escalier sursaute. Moi avec. Je monte les marches deux par deux. Longtemps. Enfin une porte. Un long couloir. C'est le même que tout à l'heure ? Je croise encore des gens, personne n'a l'air étonné de me voir et je n'arrive plus à bien voir les visages. Il fait de plus en plus sombre ou je ne vois pas leurs faces ? Je continue. Je compte les battements de mon cœur. Il sonne dans mes pieds. Une odeur d'herbe mouillée, un pré, il y a un pré dans une des chambres ouvertes, des enfants qui cueillent des boutons-d'or et se les passent sous le menton et toi tu aimes le beurre ? Tu aimes le beurre ? Un interminable banc en bois est sous les fenêtres, au loin deux hommes sont assis et s'embrassent. Je m'approche, l'herbe me picote les pieds, je suis arrêtée par une fourmilière autour de laquelle quelques enfants sont assis en silence, observant. Quelques fourmis passent sur mes pieds, je fais attention de ne pas les écraser. J'ai bien fait en croisant quelques regards plus si enfantins. Oui j'ai bien fait. Le banc me paraît toujours aussi loin, le couple s'embrasse encore. Ils ont des barbes ? Je m'approche de la fenêtre et je suis prise de vertige. Des vagues énormes viennent se fracasser sur l'immeuble. D'autres immeubles tanguent sur une immensité d'eau. Je crois que j'ai le mal de mer, c'est possible d'avoir le mal de mer dans un immeuble ? Oui s'il vogue sur l'eau me dit une femme en passant, elle rejoint le couple d'hommes. J'essaie encore de m'approcher, mais plus je m'approche et plus ils s'éloignent. Une échelle au milieu. J'escalade, les barreaux sont vraiment très éloignés les uns des autres. Je m'arrête et regarde en bas, je suis très haut maintenant et je n'ai plus le vertige ni le mal de l'immeuble. Je vois des petits points jaunes se faire cueillir par des fourmis. Je reprends mon ascension, je suis en nage. Une énorme trappe au-dessus de moi, j'essaie de la soulever en poussant avec mes épaules. Mais ouvre-toi ouvre-toi. Et elle s'ouvre. Je prends appui sur le toit. Je suis sur le pont de l'immeuble. Le soleil se couche tapi derrière des nuages dégageant une lumière de projecteur. La lune royale, énorme, pleine, rousse sort de son sommeil.
Texte Robila GOUDJIL
Photos Gisèle DIDI


» Archives Intime | Fantasme

 

Accueil  •  Sommaire  •  Culture  •  Plaisirs  •  Reportage  •  Intime  •  Bien-être  •  Mode  •  Sub Yu  •  Infos légales  •  Contacts
Copyright Clair Média [2008|2012]  •  Tous droits réservés
Haut de page

Notre site Sub Yu Magazine est listé dans la catégorie Actualité et médias : Journal, magazine de l'annuaire WRI

referencement