
| Je parle toute seule |
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Je ne me suis pas rendu compte de suite que je parlais toute seule. Ça devait faire un moment que ça durait. Je voyais bien que je n'étais pas la seule, j'avais croisé ce grand garçon, avec ses longues enjambées, qui en me frôlant, répétait, et alors et alors qu'est ce que ça peut faire. Et alors ? Quel courant d'air. Je me souviens. Il avait l'air normal, tant qu'on peut avoir l'air normal en causant à un invisible, ou à soi-même.
A se refaire des conversations à haute voix, qui ne l'a pas fait ? A baragouiner dans son menton. Tant que c'est dans l'intimité. Ça ne pose pas de problème. Ce matin-là, j'étais devant le panneau d'horaires de bus, mais ça m'oblige à ne pas regarder les gens de fixer un objet inanimé, j'aime les poubelles. Je hais les regards vides qui me traversent comme si je n'existais pas. Et je me suis entendue : Mais tu vas la fermer ta gueule !
C'était moi. A quoi je pensais à ce moment là ? Je ne sais plus. Peut-être que j'avais l'habitude de parler comme ça toute seule depuis longtemps, je n'avais même pas d'oreillettes de téléphone pour donner le change, comme je n'avais personne à appeler ou personne qui puisse m'appeler. J'ai essayé de me souvenir. Quand même ce n'est pas possible. Je ne peux pas laisser mes pensées jaillir par ma voix, sans interlocuteur. Je ne dois pas parler à un panneau.
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J'ai parlé toute seule ? Je ne reconnaissais pas ma voix. J'ai fait attention. J'ai regardé les gens autour de moi, personne ne me regardait ou personne ne me voyait. Personne ne m'entendait. J'ai fait mon chemin quotidien qui me mène à ce boulot. J'ai répété les gestes machinaux. La journée s'est passée. Entre le métal et le bruit. Que de bruit. Même si je l'avais voulu je ne pouvais pas entendre ma voix là. Et si je devenais folle ? Dans la salle commune, en mâchouillant mon sandwich au fromage, je les regardais, sans comprendre, je voyais leurs bouches remuer, j'entendais des sons sortir de ces gouffres béants, et je ne comprenais rien. Personne ne me parlait. Je suis devenue invisible ? Des gouttes de sueur sur mon front. Je les imagine bien alignées, prêtes à s'écouler le long de mes joues. Je sens presque leurs goûts salés. Ma langue les cherche déjà. Ça recommence, des regards gênés, j'ai encore parlé fort ? Trop fort ? Ce n'est pas resté dans un coin de mon cerveau ? Ma voix que je ne reconnais décidément plus, fait comme un écho et résonne dans ma tête.
Je fais le chemin inverse du matin. La pointeuse, le vestiaire, la lourde porte que j'ai toujours peur de ne pas réussir à pousser et de rester enfermée là, au milieu de ces machines. Seule.
L'arrêt de bus. Ma place derrière le conducteur. Le panneau de règlements que je connais par cœur. Souriez vous êtes filmés. Je n'ai jamais envie de sourire. Mon arrêt. Je longe le centre commercial qui clignote de partout. Je compte les lampadaires. En bas de chez moi, je lève la tête. C'est noir. Je monte les 14 étages. Trop de pisse détraque les ascenseurs. Je fais des pauses. En regardant les dessins sur les murs d'escaliers, souvenirs des grottes ancestrales. Toujours les mêmes. Rien de bien nouveau. Au 13ème étage, je commence à chercher mes clefs. Le vent danse dans les couloirs, se cogne contre les murs de béton en longues plaintes interminables. J'ouvre ma porte aux trois serrures. Le silence. Enfin. Ma voix répéta. Je n'allume pas les lumières. J'enlève mes baskets blanches sur le tapis d'entrée. Je me lave les mains longtemps, j'aime deviner les bulles de savon s'éclater quand je croise mes paumes et l'eau s'écouler entre mes doigts. Je bois un grand verre d'eau et allume une cigarette pour reprendre mon souffle. Je m'assois sur le fauteuil du salon celui face à la fenêtre. Les lumières s'allument. Les fenêtres s'éteignent. Je remplis mon cendrier en leur parlant. A eux. A tous. Que je connais si bien et qui ne m'ont jamais vue.
J'allume une cigarette au mégot de la dernière. Et je leur crache mes mots.
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Texte Robila GOUDJIL Photos Gisèle DIDI |
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Marie Masuyer24/01/2011
 | Ankara, 1940. Le temps ne passait pas aussi vite que je l'aurais espéré. Je devenais obscur. Depuis deux mois j'avais déjà fait le tour de la ville. Ses ruines romaines, son architecture hétéroclite, ses nuits interlopes... Parce que je ne pouvais l'imaginer autrement, j'avais dédié ma vie à mon pays, dans la cavalerie d'abord, puis dans le ciel, pionnier parmi d'autres d'un espace infini qu'on avait déjà transformé en champs de bataille. |
Thierry Vasseur01/09/2010
 | Ne pouvant bouger de mon lit, un pistolet m'a été remis : ce récipient devenait mon meilleur ami en me permettant de vider ma vessie à volonté. Le seul problème, c'est qu'ayant oublié depuis longtemps la loi de la mécanique des fluides, j'étais persuadé que la pression ferait ressortir l'urine pour mieux la répandre dans le lit. |
Thierry Vasseur01/07/2010
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L'histoire est pour le moins bizarre : cela commence par une banale sortie de décor qui vous projette dans toutes les acceptions du terme dans un univers inconnu bien plus dépaysant que la découverte des romans de Jules Verne. Les accidents sont toujours bêtes, donc je n'évoquerai pas les circonstances afin de ne pas leur donner trop d'importance. Toutefois le vélo, et particulièrement le VTT, ne sont pas contrairement à un animal à quatre pattes, le meilleur ami de l'homme. |
Fanny Lasserre01/05/2010
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Cette nuit-là, le ciel est tombé par la fenêtre à peine ouverte, et c'est une petite étoile jaune qui est venue s'agrafer sur mon cœur. C'est une belle histoire me direz-vous ! |
Fanny Lasserre01/04/2010
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Mes parents ne m'ont jamais aimée, c'est la seule certitude que j'ai avec celle d'être laide. Se peut-il que ces deux assertions aient un quelconque rapport entre elles ? |
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