
| Fragments d'ailes |  | Ankara, 1940. Le temps ne passait pas aussi vite que je l'aurais espéré. Je devenais obscur. Depuis deux mois j'avais déjà fait le tour de la ville. Ses ruines romaines, son architecture hétéroclite, ses nuits interlopes... Parce que je ne pouvais l'imaginer autrement, j'avais dédié ma vie à mon pays, dans la cavalerie d'abord, puis dans le ciel, pionnier parmi d'autres d'un espace infini qu'on avait déjà transformé en champs de bataille. Depuis quelque temps, nos missions perdaient le lustre des premières heures où l'on s'envolait pour tracer les voies du ciel. Le sentiment de liberté que nous recherchions tous en quittant le sol s'était peu à peu perverti. Nous savions le ciel profané, moins inoffensif qu'il n'y paraissait.
J'étais parti tellement souvent. J'avais laissé ma Constance rue Ausone à Bordeaux. Ma Constance au prénom si rassurant!
Quand les élèves pilotes avaient pris leurs quartiers, leur enthousiasme m'avait ému. Malgré la guerre sous-jacente et les risques que nos machines encore peu rodées nous faisaient courir, ils demeuraient dans l'euphorie et la certitude qu'être dans les Cieux était un privilège. J'avais été comme eux. Deux s'étaient déjà tués en vol. Panne, erreur de pilotage, l'issue était souvent fatale. Les autres prièrent, pleurèrent parfois mais ne renièrent pas leur engagement. Le lendemain des funérailles, personne ne manquait à l'appel. |  | Les nouvelles de France n'arrivaient plus qu'au compte-gouttes. Un seul être vous manque... Je guettais le courrier chaque matin, mais blocus oblige, toute transmission se faisait rare. Les journaux qui nous parvenaient avec retard, parlaient du chaos qui régnait en Europe, disaient que Pétain voulait signer avec les boches.
Ici, personne ne voulait y croire. Je commençais à craindre pour la sécurité de ma famille.
Pour beaucoup de rescapés de la Grande Guerre, nous pensions qu'elle avait asséché ce qu'il restait de larmes et de sang pour des générations, mais notre patrie méritait qu'on la défende et nous nous entraînions à cela tous les jours. Chaque matin, le soleil plombait nos appareils d'une chaleur étouffante. Mes gars tout juste sortis de leur nid franchouillard, dégustaient en silence. Nous partîmes en mission quelques jours à Alep et apprîmes la signature de l'Armistice à Rethondes à notre retour. Nous nous sentîmes inutiles et coupables si loin de notre pays. Mais c'était la France qui nous avait envoyés ici. Ses accords avec la Turquie et la Syrie s'étaient révélés plus fragiles que prévus.
Je fus convié le soir même chez le Général. Pendant le dîner, nous pleurâmes ensemble sur la gloire passée du Maréchal, nous étions anéantis. Sa femme étant de père allemand, elle s'était fait porter pâle plus tôt dans la soirée. Il me restait encore un mois avant de rentrer, je ne me sentais plus la force d'apprendre quoi que ce soit à mes élèves. Je pressentais que tôt ou tard, leurs horizons artificiels n'indiqueraient plus qu'une mort certaine. Nous allions vers l'orage perpétuel. Plus tard, le Général vint m'apporter quelques nouvelles. Une France libre avait été dessinée, Bordeaux en faisait partie. Je respirais mieux.
Dans la chaleur turque, les maux ordinaires devenaient insupportables. Mes dents me faisaient horriblement souffrir, mon ventre se tordait en d'affreux spasmes dès le réveil et le médecin de la base me supposait en état d'anxiété intense. Je fus pris enfin, d'une fièvre de cheval pendant une semaine entière et restai alité. Mon aide de camp prit grand soin de moi, me veillant nuit et jour et partant dans les quartiers improbables de la ville en quête de quelque remède efficace. Je guéris enfin. Deux jours après avoir recommencé à voler, je reçus un ordre de mission. Je devais rentrer en France. Le gouvernement avait échoué à Vichy, et une armée de l'air de transition prévue dans les termes revus de l'Armistice, devait être organisée. J'étais réquisitionné. Moi, militaire de carrière, chef d'escadron des forces aériennes françaises et instructeur depuis 1936, je me retrouvais à devoir servir un régime qui venait de pactiser avec l'ennemi. Quel serait mon avenir ? Qui deviendrais-je ? | Texte Marie MASUYER Photo Thierry VASSEUR |
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Robila Goudjil01/12/2010
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Je ne me suis pas rendu compte de suite que je parlais toute seule. Ça devait faire un moment que ça durait. Je voyais bien que je n'étais pas la seule, j'avais croisé ce grand garçon, avec ses longues enjambées, qui en me frôlant, répétait, et alors et alors qu'est ce que ça peut faire. |
Thierry Vasseur01/09/2010
 | Ne pouvant bouger de mon lit, un pistolet m'a été remis : ce récipient devenait mon meilleur ami en me permettant de vider ma vessie à volonté. Le seul problème, c'est qu'ayant oublié depuis longtemps la loi de la mécanique des fluides, j'étais persuadé que la pression ferait ressortir l'urine pour mieux la répandre dans le lit. |
Thierry Vasseur01/07/2010
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L'histoire est pour le moins bizarre : cela commence par une banale sortie de décor qui vous projette dans toutes les acceptions du terme dans un univers inconnu bien plus dépaysant que la découverte des romans de Jules Verne. Les accidents sont toujours bêtes, donc je n'évoquerai pas les circonstances afin de ne pas leur donner trop d'importance. Toutefois le vélo, et particulièrement le VTT, ne sont pas contrairement à un animal à quatre pattes, le meilleur ami de l'homme. |
Fanny Lasserre01/05/2010
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Cette nuit-là, le ciel est tombé par la fenêtre à peine ouverte, et c'est une petite étoile jaune qui est venue s'agrafer sur mon cœur. C'est une belle histoire me direz-vous ! |
Fanny Lasserre01/04/2010
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Mes parents ne m'ont jamais aimée, c'est la seule certitude que j'ai avec celle d'être laide. Se peut-il que ces deux assertions aient un quelconque rapport entre elles ? |
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