Accueil
L'équipe Archives Groupe Facebook
Contacts De vous à nous... Kit média
Sommaire Culture Plaisirs Reportage Intime Mode Actu / News Sub Yu
    »  Retour accueil  •  Maman bobo  •  Vivre  •  Etat de grâce  •  Fantasme
facebook
Par Olivia Bonnamour le 24/01/2011 | Réagir | Envoyer | Imprimer | Nous avons tous des fantasmes, pas vous ?
Sub Yu : le feuilleton - Episode 3
Reprenant une ancienne tradition, Sub Yu commence la publication en feuilleton d'une histoire d'Olivia Bonnamour, qui mêle sensualité, érotisme et mystère, tout ce qu'on aime ! Chaque mois, nos lecteurs trouveront la suite des aventures de l'héroïne d'Olivia. Tout commence à Paris, après une nuit étrange qui n'a laissé que des traces...
Résumé de l'épisode précédent :

Notre héroïne arrive à Paris pour une transaction avec un marchand d'art. Au réveil de sa nuit à l'hôtel, partagée entre l'effroi et un étrange bonheur, elle découvre des traces d'attaches sur son corps, des diamants qui éclaboussent le sol de sa chambre. Que s'est-il passé ? Se promenant dans Paris, elle essaie de se souvenir : le soir de son arrivée, elle était dans l'ascenseur de l'hôtel, avec une inconnue éblouissante, une rivière de diamants autour du cou... Et puis les souvenirs affluent alors qu'elle se trouve au Jardin des Tuileries : cette femme de l'ascenseur, elle l'a suivie jusque dans sa demeure, où elle a vécu une nuit qui a fait d'elle, à son corps défendant, la soumise de l'inconnue. Premiers émois, premiers plaisirs... Mais ensuite ?
3. Entre femmes
Je suis assise dans le parc des Tuileries depuis près de trente minutes, lorsque je suis soudainement arrachée à ma rêverie. Il est temps pour moi de me rendre à mon rendez-vous et de me confronter à la réalité. Je me suis mise en retard toute seule. Je me dirige aussi vite que possible vers la rue Mondovi afin de retrouver mon client au restaurant Lescure. À mon arrivée, j'aperçois Bertrand qui m'attend à une table. Il se lève pour m'accueillir. Je suis immédiatement impressionnée par sa taille, il est grand et musclé. L'opposé de ce à quoi je m'attendais. Ses cheveux bruns sont coupés très courts et il est mal rasé. À travers sa chemise entrouverte, j'aperçois sa pilosité excessive. J'ai un frisson.

Je m'excuse de mon retard, sous un prétexte qui sonne faux. Bertrand essaie visiblement de détourner son regard de l'hématome sur mon visage. Il a certainement remarqué ma confusion. Il fait de son mieux pour être agréable avec moi et me demande comment se passe mon séjour à Paris. Je lui avoue être sous le charme de cette ville. A vrai dire, je serais bien incapable de justifier mes propos : au lieu d'explorer Paris, je suis restée alitée une partie de la journée après ma nuit... Comment la qualifier ? Je commande La Poule Au Pot Farcie Henri IV. Je laisse à Bertrand le soin de choisir le vin, un rosé de Bergerac. Je n'ai pas le cœur à boire et je m'épuise à sauver les apparences. S'il savait... Le dîner me paraît durer une éternité, je m'en échappe constamment malgré moi. Bertrand parle, mais que raconte-t-il donc ? Et ma nuit continue de me harceler par flashes éblouissants...
JJe me souviens. J'ai fait vœu de fidélité. Elle m'a libérée de mes liens et je me suis rhabillée. Mes vêtements, elle me les arrache maintenant. « Tâchons de te trouver quelque chose de plus approprié. Telle que tu étais vêtue, tu ne me méritais pas. »

Elle me passe un collier autour du cou et glisse son index dans l'anneau. Je suis en laisse. Elle me tire, nue, dans une autre pièce dont le sol est jonché de vêtements empilés et de chaussures de luxe en vrac. Ce désordre m'effraie, il est comme une insulte à ces habits de prix mais aussi à ma propre rigueur en toutes choses. Un manque de respect... Mais je suis en laisse... n'est-ce pas à moi tout entière que l'on manque de respect ? Un obscur plaisir m'envahit à cette idée.

Elle ramasse une robe plissée de velours bleu et des chaussures assorties. Elle me jette l'ensemble au visage. « Habille-toi et viens, esclave, toi et la nuit m'appartiennent. » Je sais que commence une nuit qui va faire de moi une autre. Ou bien l'étais-je déjà, cette autre masquée, secrète, attendant de vivre... Dans la rue noyée d'ombre, je comprends que j'ai une autre maîtresse : la peur. Cette femme va me castrer. Me castrer de mon amour-propre.

« Helena m'écoutez-vous ? Je vous pose la même question depuis cinq minutes. » Je sursaute lorsque Bertrand me touche la main. « Oh oui bien sûr, excusez moi. Je pensais à cette merveilleuse œuvre d'art dont vous me parliez au début du repas. Elle est imprimée dans ma mémoire et vous vous devez de m'en dire davantage. »
Je bégaie nerveusement. Dieu que cet homme est gentil mais ennuyeux. D'un ennui mortel. Il me regarde, perplexe. « De quelle œuvre d'art parlez-vous ? Voyons, Helena, nous n'avons pas encore abordé le sujet de notre rendez-vous professionnel. Vous ne croyez pas qu'il est temps ? »
Je me sens rougir comme une élève face à son professeur. Fichue confusion ! Je balbutie une excuse, me lève précipitamment et gagne les toilettes. Les yeux élargis, je fixe mon visage dans le miroir. Qui essaie-je de tromper ?

J'ai l'air d'avoir été battue toute la nuit par des voyous, mes cernes sous les yeux me paraissent indélébiles. Un trait de feu me traverse : j'ai perdu le contrôle de ma vie. Puis-je me ressaisir ? Je m'apostrophe comme une étrangère à moi-même : Héléna, ressaisis-toi !

Je retourne à notre table où Bertrand semble étudier certains dossiers. Je m'assieds et m'excuse à nouveau de l'avoir fait attendre. « Depuis mon arrivée à Paris d'étranges choses se sont produites. Ma soirée a été mouvementée... Peu importe ! Occupons-nous de nos affaires.» J'ai le sentiment d'avoir retrouvé ma volonté. Il acquiesce, me regarde gentiment : « Helena, j'espère simplement que vous n'avez pas d'ennuis. Si je peux me rendre utile, faites-le-moi savoir. Je ne vous poserai pas de questions, mais souvenez-vous que je suis là pour vous, si besoin est. »

Je le remercie de sa compréhension et lui assure que tout va bien. Le dîner se poursuit calmement, le travail me calme et me distraie. Nous finissons par trouver un arrangement. Lorsque l'heure du dessert arrive je m'octroie un Sorbet Cassis Arrosé d'Alcool. Le sorbet sucré et froid fond dans ma bouche, l'arrière-goût réveille en moi un étrange sentiment. On dirait en moi comme une image floue qui se précise peu à peu... Un souvenir, encore... Une grande pièce. Peuplée de gens emmêlés, entrelacés...

Avec le recul je comprends ce que ma maîtresse recherchait ce soir-là. Non pas me parler de perversion mais m'y plonger. Sans parole. Sauf quand elle prononçait mon nom qu'elle traînait dans la boue comme ma personne, comme mon corps.

Les vêtements dont elle m'avait affublée ? Ceux de Cendrillon le soir du bal. Elle m'a laissée au pied d'un escalier, allant s'affairer ailleurs. Moi je sentais les fils invisibles qu'elle tenait, où qu'elle fût : j'étais sa marionnette.

Répartis sur les premières marches, quatre hommes s'adonnent à une orgie. Je n'en ai jamais vu ensemble se livrer à de tels excès. Cet homme au milieu du groupe... masturbe un homme poilu, lui-même fait une fellation à un troisième sodomisé par un quatrième. Nausée. Pourtant je les observe. Une impression de liberté s'exhale de cette descente, une sensualité si puissante. De quelle profondeur montent donc mes impressions ? Le seul monde étranger digne d'être exploré est celui-là même proche de nous : cet endroit est empli de gens qui ne se connaissent probablement pas entre eux et qui couchent ensemble. Une soirée les rapproche non pour parler mais pour se toucher, se prendre...

La pièce est faiblement éclairée par des bougies. Une odeur d'encens enivrante couvre toutes les autres.
J'avance. Sur mon flanc droit un homme hurle de plaisir alors qu'il éjacule dans la bouche d'un autre à genoux devant lui.

J'avance. L'homme sodomise la femme et masturbe son clitoris. Ils se tiennent debout et me regardent droit dans les yeux lorsque je m'approche, m'invitant à les rejoindre. Je presse le pas, je veux sortir. Sortir. Je me hâte. On me saisit au bras. « Où cours-tu comme ça ? fait ma maîtresse. J'ai une petite surprise pour toi, chérie. » Bonheur d'une voix connue, bonheur d'obéir. Elle m'entraîne. Nous quittons l'escalier. Nous entrons dans un salon. La simple pression de sa main sur mon poignet attise ma curiosité. Qu'a-t-elle en tête ?

Deux hommes en smoking pénètrent dans la pièce avec un gâteau qui lui est spécialement destiné. Le gâteau est déposé sur le sol. Elle le piétine de ses talons aiguilles, me désigne du doigt, vocifère : « Toi, là, à genoux ! », et me fait lécher les semelles de ses chaussures jusqu'à ce qu'elles soient nettes de toute trace de gâteau. Je lèche et lèche jusqu'à l'écœurement, jusqu'à l'écœurement de l'âme, ce qu'on appelle je crois, humiliation, cette joie trouble de la honte. Elle rit. Elle rit aux larmes de voir ses chaussures retrouver leur brillant.
Suis-je en train d'essayer de me prouver quelque chose ? Me contrôle-t-elle définitivement ? Les lèvres blanches de crème patissière, je lève les yeux. Les siens brillent d'un singulier éclat de fierté. S'est-elle imaginé que je craquerais avant d'avoir accompli ma tâche ? Est-elle fière d'elle ou de moi ?

« Bien, tu mérites une petite récompense... je t'offre deux femmes pour le reste de la soirée. » dit-elle sans me laisser le temps de répliquer. Elle claque des doigts et deux magnifiques blondes portant chacune une robe rouge en dentelle rebrodée de motifs s'approchent pour se placer à ses côtés. « Direction ton hôtel » enchaîne-t-elle. Une voiture nous attend dehors. Le chauffeur nous ouvre la porte. Selon sa volonté, je monte la dernière et m'installe à l'arrière de la voiture, muette. Les femmes rient de manière incontrôlable, éclats grinçants, éclats en cascade, éclats irritants, mes nerfs en pelote... Sont-elles sous l'empire de quelque drogue ? Ma maîtresse, gagnée par une sombre colère, rétablit l'ordre. Violemment.

Je m'efforce de regarder par la fenêtre, une échappatoire aux chocs de ces minutes. Des minutes ? Des heures ? Je lis avec une application d'écolière le nom des rues sur les plaques vissées à l'angle des immeubles. Rue de la Paix. Bientôt les lampadaires bleu et or d'Hirtoff de la place Vendôme. « Nous y voici, file à la réception et demande ta clef, nous t'attendrons dans le hall. » me dit-elle brutalement.

Nous nous retrouvons dans l'ascenseur. Je suis immédiatement saisie par une impression de déjà vu. Quelle longue nuit, pensai-je... Me voici de retour où tout a commencé, au point de départ de mes ennuis. Point obscur dans mon esprit, comme un mauvais présage... 42. Je reste immobile devant le 42. Ma chambre. Je regarde mes mains. Je tiens ma clé... 42... Je serre si fort que la pointe de métal pénètre ma chair. « Qu'attendons-nous ? Allons-nous passer la nuit dans le couloir ? », demande une des filles, sarcastique. « Elle a raison. Accélère le mouvement ! Ne remarques-tu donc pas que ces jeunes femmes sont impatientes, tu ne voudrais pas qu'elles se lassent, n'est-ce-pas ? »
J'insère la clef dans la serrure, la porte s'ouvre, les deux blondes se précipitent dans la chambre. Ma maîtresse me donne un coup de pied dans les tibias pour m'indiquer qu'elle compte m'emboîter le pas. La porte claque derrière elle. Elle se dirige immédiatement vers un fauteuil dans lequel elle s'assied nonchalamment. Elle est dans l'ombre. Je me tiens debout au milieu de la pièce. Que dois-je faire ? Je suis arrivée au bout de mes forces, j'aspire à la tranquillité. Que tout se termine. Que je puisse réfléchir...J'aimerais que cette journée se termine rapidement. Les deux blondes se sont allongées sur le lit et s'embrassent sous le regard attentif de ma maîtresse.

Je la supplie du regard. Elle pourrait lire ce que j'y exprime. Elle pourrait comprendre qu'une femme, elle, m'a fait l'amour ce soir, il y a quelques heures, et pour moi, ce fut, avec une femme, la première fois. N'a-t-elle donc pas connu cette première fois ? Ne s'en souvient-elle pas ? Ne pourrait-elle comprendre que je voudrais de toutes mes forces rester immergée dans ce plaisir neuf, amer, scintillant et sombre ? Elle pourrait comprendre que je l'aime. Va-t-elle m'inviter à m'avancer vers le lit, moi qui suis exténuée de plaisir, de sentiments inconnus, de...

« Eh bien... ne trouves-tu pas ces femmes incroyablement sexy ? Regarde, elles meurent d'envie que tu les rejoignes, ne les déçois pas ! », dit-elle avec une douceur presque imperceptible dans sa voix. Je m'approche, je mets un genou sur le lit, et je suis happée. Plus profond encore s'accroît le mystère que je deviens pour moi-même, car le désir est là, de nouveau, submergeant, l'excitation, la soif. C'est un autre monde. Etais-je prête à y entrer, à y jouir ? Oui, semble me révéler ma maîtresse. Et me voici, j'entre. J'entre dans une forme de régression fascinante. Ce monde interdit, c'est l'envers du désir, sur la route obscure d'une partie de mon être ignorée, refoulée. Une des deux blondes se tient debout tandis que l'autre à ses pieds caresse les jambes de celle qui la domine. Ascension lente des mains... « J'ai soif, je veux du champagne » hurle une des filles. La seconde regarde ma maîtresse, attendant un signe. Elle acquiesce et indique le chiffre trois avec ses doigts. L'assoiffée se précipite sur le téléphone et commande trois bouteilles de Dom Pérignon.

La première coupe bue, ma maîtresse m'ordonne de modifier la disposition des meubles. Je traîne deux fauteuils l'un en face de l'autre. Les deux blondes s'asseyent dessus et m'invitent à m'installer au milieu. La fille derrière passe ses mains entre ses jambes, l'autre devant moi effleure ses seins. Elle se lève, s'approche, caresse les miens, verse du champagne dessus, lèche mes tétons durcis. Je crois qu'alors je me suis abandonnée. J'ai vu ma maîtresse se caresser avec son collier de diamants. Et les limites que je croyais avoir solidement bâties pour ma protection, ces limites, devant, derrière et tout autour de moi, ont reculé puis disparu. J'ai observé le collier glisser sur sa peau. Elle surprend mon attention tendue vers elle comme un arc, se mord la lèvre inférieure et en un instant capture mon âme de son regard envenimé. Elle brise son collier d'une main tandis que l'autre agrippe sa robe. Les diamants explosent sur le sol en gerbe étincelante. Elle continue de me dévisager puis s'approche de moi, un ruban de soie à la main, dont elle me bande les yeux. « Ceci te fera réfléchir à deux fois avant de me regarder de la sorte », aboie-t-elle sèchement avant de m'intimer de m'agenouiller. J'obtempère, ivre morte de cet asservissement. Elle s'agenouille à son tour et caresse mon intimité. Les deux blondes se sont assises de part et d'autre de mon corps et parcourent lentement mon visage de leurs mains. De moi montent les gémissements, de moi, otage d'elle, doublement otage du plaisir. Le doigt de ma maîtresse force ma bouche, humide du plaisir que j'ai eu, promesse de celui qui me guette encore comme une proie. Mais point besoin de courir après moi, je me livrerai consentante. « Mesdemoiselles, voulez-vous s'il vous plaît vous retirer, j'ai besoin de me retrouver seule avec ma petite chose ».

Seule avec ma maîtresse... encore privée de ma vue par le ruban. Elle m'attache au fauteuil. Ses doigts parcourent mon corps, remontent mon cou... Elle me frappe au visage. Ma lèvre supérieure saigne, un goût de sang se répand dans ma bouche. « Tu avais besoin d'une correction, vermine. N'oublie pas que tu es sous mon contrôle, c'est moi qui prends les décisions ici. Tu t'exécutes quand je te le demande, sans te plaindre, et je te ferai découvrir un monde qui repoussera les limites de ton imagination ». Elle me libère et ôte le ruban de mes yeux. J'ai du mal à les entrouvrir malgré la faible lumière qui habite la chambre. Il me faut quelques secondes pour retrouver mes repères.J'ai un goût âpre dans la bouche. Qu'il m'ait été offert à savourer par cette femme, par la brutalité de cette femme diabolique me remplit d'une joie obscure et dense. Je l'imagine me frapper encore, me dominer, me rabaisser. Devine-t-elle qu'elle est arrivée à ses fins, qu'elle m'a conduite à souhaiter d'être battue sur ce fauteuil où je suis liée, impuissante ? Souffrir, souffrir pour elle... J'adorerai ses coups, fétiches de mon renoncement. Envie de me surprendre moi-même. Jusqu'où ? Rien n'est fini. Tout commence. Désormais je lui vouerai obéissance. Jusqu'où m'asservira-t-elle ?

J'avais fermé les yeux, submergée par mon trouble, par l'abandon de tout moi-même, je les rouvre et je vois les siens, acérés, satisfaits. « Nous sommes d'accord » dit-elle. Et c'est comme si nous venions de signer un pacte. Comme si plutôt, ainsi que cela se pratique dans les contes, je venais de signer un pacte avec le diable, avec la diablesse. Un pacte signé avec le sang sur ma lèvre, dans ma bouche, avec ce sang qui suinte sur mon menton... tout atteste la validité de mon engagement.

Soudain, enchantement, tout le monde, sans parole, a quitté ma chambre. Je m'affaisse sur mon lit. Silence de la nuit, royaume des rêves...
La salle du restaurant s'est vidée. Bertrand me regarde avec curiosité, sinon sollicitude. « Où étiez-vous, Héléna ? » Il demande l'addition. « Vous semblez avoir de la peine à vous concentrer. Je pense que vous devriez vous reposer, voulez-vous que je vous raccompagne à votre hôtel ? » « Tout va bien, cessez de vous inquiéter. Je devrais retrouver mon chemin sans difficulté. » J'essaie de détendre l'atmosphère sans doute en pure perte. Ce dîner est un désastre complet.

« Helena, vous ne repartez que mercredi. Cela nous laisse le temps de nous revoir. Je ne vais pas vous cacher que j'aurais aimé mettre un terme à notre contrat ce soir. Nous avons à peine pu en développer certains points. Cependant il est préférable que vous preniez soin de vous, le contrat attendra. »
Je le remercie d'être aussi compréhensif avec moi.

Une fois dehors, je lui renouvelle mes excuses. Je lui promets de lui fixer un second rendez-vous, avant mon retour à New York.

En moins de dix minutes je regagne mon hôtel. Dans l'ascenseur, un regret lancinant me met mal à l'aise : j'ai passé la moitié de la journée à dormir et n'ai pas su profiter convenablement de Paris. N'est-ce pas un gâchis d'aller me coucher aussi tôt ? Mon esprit vagabonde tandis que je déverrouille la porte de ma chambre. Sous mon pied, une enveloppe. A l'intérieur, un mot signé "Claudia"...

Claudia. Je lis aussi vite que possible. C'est elle, le doute ne m'est pas permis. Qui d'autre pourrait m'enjoindre, d'un ton comminatoire, de la retrouver à la Comédie Française, près du Palais Royal, à 23h45 précises? Je dois m'efforcer d'être à l'heure car je sais d'avance que tout retard sera puni.

Une sourde angoisse me prend. Claudia. Ce prénom résonne inlassablement dans ma tête. Je vais et je viens dans ma chambre d'hôtel comme une bête en cage, mets le désordre dans mes vêtements. Moi d'habitude si sûre de mes goûts et de mes envies, je suis désarmée: quelle tenue adopter pour satisfaire les goûts imprévisibles de mon amante ? Quelle qu'elle soit, trouvera-t-elle jamais grâce à ses yeux ?

Dehors, les rues me paraissent anormalement calmes. Me voici marchant, la chair de poule aux bras, comme si j'avais encore cette laisse qu'elle me passa au cou naguère.

Place Colette, j'aperçois une ombre se déplacer dans l'obscurité... La voici, je ne peux me tromper, silhouette unique vêtue de noir, ses longs cheveux dans le dos. Elle est là soudain toute proche et pourquoi si douce ? Pourquoi ce regard de velours et pourquoi mon âme et mon corps fondent-ils ? Elle m'accueille avec un baiser, ses lèvres ? les plus douces du monde. Baiser d'ivresse tendre, baiser tourbillon baiser vertige, baiser mortel... Je veux dire qu'on pourrait en mourir. Mais son regard, par pitié... il est plein de mépris.

« Ravie de te revoir, parasite », dit-elle froidement. « J'ai choisi de te donner rendez-vous ici car tu ne peux séjourner à Paris sans voir le Louvre. J'adore. Il s'agit de l'ancien Palais Royal. C'est devenu un musée qui abrite l'une des collections d'art les plus riches au monde. Rien de mieux pour satisfaire mes goûts de perfection. ». Mais que veut-elle donc de moi? Qu'est-ce que je représente pour elle ?

Claudia me conduit à la Pyramide du Louvre dans la cour principale. La vue m'apaise. Harmonie. Equilibre. Nous marchons vers l'aile Richelieu où nous nous immobilisons quelques instants. Elle se tient dos à moi et contemple le site, puis se retourne et me plaque violemment contre le mur. Elle me fait l'amour... La peur d'être surprises irrite mes sens avant de les libérer brutalement de toute entrave. Claudia m'envahit, embrasse, mordille mon cou. Moi qui suis d'habitude d'une extrême pudeur, qu'elle me prenne donc ici, tout entière, à la face de la nuit, à la face des dieux des pyramides !

Ivresse. Je divague. Comment peut-on réfléchir dans un moment pareil, et pourtant voici que je suis Héléna, révélée : 36 ans dans deux mois, je n'ai eu de relations sexuelles qu'avec des hommes banals, aucun d'eux n'a comblé mon désir. Tant de désirs perdus, de jouissances mesquines et depuis deux jours, Claudia, tant de plaisir, plaisirs de toute une vie, renaissance, nouvelle maturité, royaume inouï, j'échange mes épaules basses contre une paire d'ailes. Empire de magie dont ma maîtresse détient la clef secrète. Des larmes de soulagement coulent le long de mon visage. Aussi cruelle pourra être ma maîtresse, autant de larmes de compassion pour elle je verserai. Serais-je simple objet sexuel que je n'en serai pas moins la figure du lien le plus étroit que l'on puisse concevoir entre deux êtres : servir, être servi.

Nous nous en retournons. La Pyramide du Louvre... Ce fut une escapade, une fuite amoureuse, un détail peut-être, qui me fait, à moi, l'impression d'un emblème gravé dans ma peau.

Son chauffeur nous tient la porte. Après notre petite fuite en amoureuses, elle décide de retourner vers le Palais Royal où le chauffeur nous attend. « J'ai peu de temps ce soir, monte et restons dans la voiture. »

Elle verrouille les portières. Elle sort une paire de menottes d'un compartiment, attache mes mains dans mon dos. Une vitre teintée nous sépare de l'habitacle du chauffeur. Elle commence à se toucher, jusqu'au plaisir. Elle devine dans mon œil suppliant et noyé que je voudrais me masturber avec elle, joindre étroitement mon plaisir au sien. Un partage enfin, comme il sied à l'amour. Va-t-elle me détacher ? Elle se penche sur moi, me demande d'ouvrir la bouche, et crache dedans.
Olivia Bonnamour
Suite au prochain numéro
Texte Olivia BONNAMOUR
Photos Thierry VASSEUR


» Archives Intime | Fantasme

 

Accueil  •  Sommaire  •  Culture  •  Plaisirs  •  Reportage  •  Intime  •  Bien-être  •  Mode  •  Sub Yu  •  Infos légales  •  Contacts
Copyright Clair Média [2008|2012]  •  Tous droits réservés
Haut de page

Notre site Sub Yu Magazine est listé dans la catégorie Actualité et médias : Journal, magazine de l'annuaire WRI

referencement