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Par Jean-Pierre Maurel et Thierry Vasseur le 12/06/2011 | Réagir | Envoyer | Imprimer | Nous avons tous des fantasmes, pas vous ?
Le burlesque... vous pouvez en parler à votre maman... 
Comme les mots changent ! Pour la génération dont je fais partie, le burlesque, c'était d'une part une catégorie esthétique, d'autre part, une glorieuse période du cinéma américain (Chaplin, Keaton, Harold Lloyd, Langdon, Laurel et Hardy, etc.).
Aujourd'hui, c'est un art de l'effeuillage. Attention, il ne s'agit pas de strip tease au sens classique du terme, une expression qui couvre aussi bien de belles tentatives esthétiques que le plus vulgaire ou le plus sordide. Non, le burlesque a deux caractéristiques qui le distinguent du reste et qui en font un spectacle de plus en plus apprécié.

D'abord, ce n'est jamais du nu intégral. La jeune femme qui le pratique garde en fin de numéro son string (ou autre protection) et des nippies - c'est ainsi que l'on appelle les éléments, étoiles ou autres motifs, qui couvrent les tétons et leur aréole.
 
Ensuite, il s'agit de numéros très courts - disons quelques minutes - qui racontent toujours une petite histoire sur fond musical, à moins qu'ils n'illustrent tout simplement une pièce musicale, une chanson par exemple. Il y a un vrai travail d'écriture de scénario pour mettre au point de petites saynètes, dans un joli mélange de registres, comique, dramatique... ou burlesque. La connaissance de la danse y est une nécessité. Il ne faut pas seulement pratiquer l'art de se débarrasser savamment de quelques vêtements, il faut savoir bouger dans des conditions très différentes : sur une scène, sur un plateau surélevé qui peut être de petites dimensions, en descendant un escalier ou en circulant parmi les convives du lieu, hôtel, restaurant, boîte ou même salon privé chez un particulier qui veut offrir quelque distraction originale à ses invités.
 
Elise est l'une de ces jeunes femmes qui pratiquent aujourd'hui le burlesque en professionnelles. A cinq ans, elle réclame déjà à ses parents des cours de danse classique puis de jazz contemporain.

A dix-neuf ans, Elise est en fac de psychologie à Nantes. A 21 ans, elle enseigne la danse au studio Harmonic à Bastille, à Paris. Un jour, l'idée lui vient, pour se familiariser avec le système des auditions, de se présenter à celle du célèbre Crazy Horse. Premier contact avec ce milieu qui la laisse sur ses gardes... elle est prise, arrête l'enseignement, découvre l'univers du cabaret, reste un an au Crazy, s'en échappe pour des cabarets de province où elle s'ennuie, revient au Crazy pour un an, tout en poursuivant des études d'infirmière. « C'était un bel antidote, confie-t-elle : au Crazy on est entièrement tourné vers soi et son corps, et comme étudiante infirmière, je devais être entièrement tournée vers les autres, et ça m'enchantait. »
 
Mais la danse manque bientôt à Elise. Elle s'y remet chez Juliette Dragon et sa troupe « Le cabaret des filles de joie », qu'elle intègre bientôt, à la fois comme danseuse et comme professeur. C'est là qu'elle entre en contact pour la première fois avec le nouvel art burlesque : une manière particulière de se déshabiller, en respectant certains codes et en évitant toute vulgarité. « Au fond, dit Elise, le burlesque s'inspire du glamour et de la tradition de la pin-up américaine. »

Elise veut voler de ses propres ailes et quitte bientôt la troupe des Filles de Joie pour créer ses propres numéros, son propre style. Elle invite un partenaire danseur à se joindre à elle et travaille depuis soit seule soit en duo avec lui.
 
Elle monte alors des numéros sur des chansons qu'elle chante en play-back. L'effet est saisissant, notamment dans ses chevaux de bataille, Bonnie and Clyde ou La piscine. Pour la piscine, elle est sur scène dans une piscine gonflable, transformée en sirène. Il faut la voir sortir de l'onde tout en « chantant » et glisser lentement hors de sa queue de poisson ! Elise porte une attention toute particulière aux accessoires, qui ne doivent pas être multipliés mais frappants, efficaces, en soutien du sens qu'elle veut donner aux courtes histoires qu'elle met en scène, que son corps met en scène, tout en souplesse et en progressif dévoilement, non sans ironie, détachement, connivence avec le public. Elle a un art de s'offrir tout en gardant un délicieux quant-à-soi qui maintient une belle distance, faite non de froideur mais d'humour. Impossible de trouver chez Elise la moindre trace de vulgarité. Elle est sans concessions.

Elle conçoit ses numéros de façon à pouvoir les transposer dans n'importe quel lieu et décor, ce qui est déjà un art difficile. Elle a mis au point de délicieux numéros, notamment celui où son danseur, Renaud, lui donne une savoureuse réplique en prenant pour ainsi dire ses propres patins et en faisant mine de vouloir lui aussi se déshabiller pour lui voler la vedette !
Elise se produit à la demande, mais, exigeante, choisit ses lieux. On peut citer, à Paris, le Delaville sur les boulevards, une ancienne maison close, aujourd'hui grand café-restaurant-bar dans lequel elle utilise remarquablement le grand escalier, ou encore l'Alcazar rue Mazarine. Elle est bourrée d'idées, idées de chorégraphies, idées de scénarios. Le plus difficile pour elle ? Le choix des costumes, et, quand elle sait ce qu'elle veut, leur réalisation.

Elle a été remarquable, récemment, à l'Alcazar, dans un nouveau burlesque, sur une idée de Thierry Vasseur, avec des costumes qui ont exigé quelque recherche : une parodie en hommage au film de Vadim Barbarella. De quoi décoller vers... quel ciel ?

Elise donne tous les samedis des cours d'effeuillage à la Pinkschool.

www.pinkschool.fr

www.delavillecafe.com
www.alcazar.fr
Reportage : Jean Pierre Maurel & Thierry VASSEUR


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