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L'impossible désir
Le visage mat de Yuki découvre un homme essoufflé par l'impatience de la revoir. Lui se heurte gravement au visage immuable et souriant de la Japonaise, les paupières baissées vers le sol et le corps s'effaçant déjà dans l'ombre du corridor pour l'inviter à franchir le seuil. Il remarque à cet instant le kimono de Yukiko, couleur de bois flotté dont une indicible lumière traverse la soie sombre comme les rayons d'une lune rousse.
Les manches sont démesurées en comparaison du corps gracile de la jeune femme nullement incommodée dans ses mouvements comme l'albatros peut l'être de ses ailes. Ses cheveux sont soigneusement enroulés sur une épingle, ajoutant un peu plus de rigueur à son visage contenu.

Il s'exaspère de chercher un détail qui trahisse son humanité. Il ressent l'envie de se jeter au cou de Yuki, que son regard d'une constante sérénité s'écarquille enfin de frayeur ou d'autre chose. Elle est un marbre de chair qui pense. Il n'est pas loin de se demander s'il ne s'agit pas d'une sorte d'indifférence au monde mais les invites mystérieuses du sourire de Yuki viennent le contredire et exciter davantage sa curiosité et sa sensiblerie juvénile.

Elle connaît la puissance de son mutisme gracieux et affecte de ne pas souffrir de l'embarras qui le ligote. Yukiko ressent très justement l'étranglement qui le gagne et la tension du fil qu'elle déroule entre eux.

Il se penche vers elle pour l'attraper entre ses bras et ne plus la lâcher.

Yukiko sent immédiatement qu'il lui faut résister. Un peu. Elle défait d'un geste simple et discret la ceinture obi de son kimono afin que l'homme trouve la voie de son corps plus facilement. Elle lui refuse sa bouche, elle assouplit son corps et son cœur se durcit. Galet de bronze que l'eau de pluie fait miroiter et que le vent sèche en moins de temps qu'il n'en faut pour une hirondelle de s'enfuir. Le couloir est étroit et ne permet pas à leur corps de se défendre amplement. Leurs gestes sont confinés dans l'espace, recroquevillés entre les murs et leurs caresses se heurtent les unes contre les autres comme des gifles contenues.

D'un geste, il balaie la chevelure de la jeune femme dont le parfum d'eau revient frapper sa mémoire. Le visage de Yuki n'est plus le même, quelque chose d'indicible vient fragiliser ses traits. Elle n'est déjà plus une icône pour lui et il se met à regretter de la perdre en assouvissant son désir. Il recule d'un mouvement rapide, la tête basse du puni, ses bras le long du corps et le dos contre le mur. Il ne voit pas immédiatement Yuki se faufiler dans l'autre pièce sans bruit, ombre vive.

Son corps lentement se déploie et son regard somnambule la poursuit malgré lui.

Le corps de Yukiko repose au centre d'un lit blanc. Il est là, il va fondre sur elle. Corps nu sans aucune indécence. Ses mains se prennent au jeu du secret. La plante du pied offre dans sa partie la plus creuse la juste inclinaison courbe des reins. Tandis qu'il remonte vers le coussinet, il retrouve la rondeur des fesses et d'un geste enveloppant glisse et s'attarde sur l'os du tarse, saillant comme la partie secrète et sensible du sexe féminin. Tout autour de ce pied, il entreprend de tendre à Yuki le plus joli piège ; celui que le désir commande et que le plaisir surprend. Le talon comme un caillou poli résiste à la pression qu'il exerce contre lui. Souterraine, elle n'est pas absente et donne ce qu'il faut de répondant pour qu'il puisse explorer plus avant son corps d'ambre muet.

Son cœur bat de plus en plus vite. Le mollet allonge la caresse, prolonge la main sourde qui glisse jusqu'au creux, l'arrière du genou, courbe fine marbrée de deux veines bleues qui vont se perdre dans la palpitation de son cœur. Il marque une pause, il dessine son hésitation à franchir ce creux de chair pâle. Il remonte enfin plus rapidement. Un coup de tonnerre vient les surprendre et l'obscurité vient installer son angoissante austérité entre les oreillers. Il regarde les cheveux de Yukiko dissimuler ses épaules osseuses et fines. Les omoplates aux cimes arrondies creusent le lit de la colonne vertébrale qui descend, verticale horizontale qui le conduit aux pieds de la courbe ultime et miraculeuse de ses fesses que les éclairs au-dehors éclaboussent avec violence. Ce n'est que le début d'un rêve sans fin...
Texte LILI. B.
Photo Thierry VASSEUR


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