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Par Jean-Pierre Maurel le 01/09/2009 | Réagir | Envoyer | Imprimer
La bataille du climat
Nous sommes à trois mois de la réunion Climat de Copenhague, en décembre prochain. Réunion qui doit donner une suite qualifiée d' « historique » au fameux Protocole de Kyoto sur la réduction d'émissions de CO2. Etat des lieux.
L'année dernière, Ben Ki-Moon, secrétaire général des Nations-Unies, déclarait : « Nous sommes au bord d'une catastrophe si nous n'agissons pas. » Mais est-ce bien le cas ? La bataille fait rage entre experts. Il semble qu'aujourd'hui, le combat ait lieu entre quelques experts isolés d'une part, et le GIEC d'autre part. Les premiers, non sans de solides arguments, minimisent le réchauffement climatique. Le GIEC lui, tire la sonnette d'alarme et se trouve être La référence scientifique de la réunion de Copenhague, sur la base d'un consensus jamais atteint de 2500 scientifiques.

Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), a reçu, conjointement avec Al Gore, un prix Nobel en 2007. C'est à partir des résultats des modélisations climatiques du GIEC que l'on milite pour une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, tablant sur une augmentation de température, les prochaines années, d'un peu moins de deux degrés, jusqu'à près de quatre degrés, selon les modèles. On sait qu'au-delà de deux degrés, les sociétés humaines trouveront très difficilement les moyens de s'adapter. Par ailleurs, les estimations économiques les plus raisonnables tablent sur une dépense annuelle de 500 milliards de dollars par an pour tenter de résoudre le problème du changement climatique.

Une pétition, baptisée « L'ultimatum climatique », circule aujourd'hui, signée par de nombreuses personnalités (notamment Nicolas Hulot), pour faire pression sur les gouvernements et les décideurs qui vont se rendre à Copenhague, brandissant comme un étendard les prévisions catastrophiques et catastrophistes bien répandues aujourd'hui dans tous les médias.

Or les choses ne sont peut-être pas si simples. Les détracteurs de ce climat ultrapessimiste ne sont pas sans arguments. Ainsi en va-t-il de Carl Wunsch, spécialiste mondialement connu de l'océanographie et professeur au M.I.T. On sait que l'énorme masse océanique qui fluctue sur notre globe terrestre est un régulateur et redistributeur de la chaleur qu'il emmagasine. On sait aussi que les alarmistes parlent d'un détournement, d'un ralentissement ou carrément de la disparition du Gulf Stream, ce courant chaud qui donne à l'Europe occidentale et nordique sa situation climatique tempérée. Sans le Gulf Stream, courez enfiler vos pulls de laine toute l'année. Sans le Gulf Stream, fini les merveilleux étés suédois qu'Ingmar Bergman a si bien utilisés dans ses films.
Le puceron et le mammouth

Or, affirme Wunsch, aucune prévision sur la réactivité du climat n'est possible sans une connaissance approfondie de la circulation thermohaline (déterminée par la température et la salinité de l'eau). Cette connaissance, l'avons-nous ? Non, affirme le chercheur. Toute prévision climatique se fonde sur des modèles mathématiques. Or nos modèles sont imprécis, sont encore incapables de prendre en compte tous les paramètres, et notamment la complexité des effets rétroactifs dans le temps. Pire : ils comportent tous des erreurs. Parfois minimes. Mais comme le montre une simple analyse mathématique, une erreur-puceron peut, par amplification, aboutir à une erreur-mammouth à la fin des calculs. Exemple de Wunsch : une simple variation verticale de 0,2° C entre le flux montant et le flux descendant sur une colonne verticale d'océan de 1000 mètres peut représenter autant que le signal entier du réchauffement anthropique (réchauffement dû aux activités humaines). En d'autres termes, un modèle climatique, qu'il soit du GIEC ou qu'il provienne d'une autre source, peut n'être rien d'autre, au bout du compte, qu'une somme renforcée d'erreurs.

Désespérant, direz-vous ! Et encore ne s'agit-il que d'un exemple. Celui de la montée du niveau des océans est un autre sujet de dispute, très médiatique, où ont cours les prédictions les plus fantaisistes, de 0,70 centimètres jusqu'à six mètres (!) pour l'année 2100.

Alors quoi : doit-on se battre pour des chimères ?
Vous avez dit « albédo » ?

Pas tout à fait : certains phénomènes dus au réchauffement climatique sont visibles. Le cas exemplaire est celui de l'Arctique. Il fond plus vite et plus fort que ne l'avaient annoncé les prévisions les plus pessimistes. L'emballement du réchauffement du pôle Nord est un modèle de simplicité inéluctable, basé principalement sur l'effet albédo. Sous ce nom très poétique se cache un effet physique qui décrit la capacité de toute surface à renvoyer l'énergie du rayonnement qui la frappe. Une surface blanche comme celle de la banquise renvoie dans l'espace un maximum de l'énergie solaire reçue. En cas de réchauffement, la banquise fond, la surface blanche diminue, remplacée peu à peu par la surface noire des eaux, qui elle ne renvoie pas l'énergie solaire mais l'absorbe en grande partie. L'eau se réchauffant fait fondre la banquise plus vite, la surface blanche diminue plus vite et, vous avez tout compris, le système s'emballe.

L'inquiétude sur ce phénomène est décuplée par le fait que le permafrost (la couche de surface constamment gelée des terres du grand Nord et de la Sibérie) se dégèle. Or, il enferme des milliers de tonnes de méthane que le dégel va libérer peu à peu dans l'atmosphère. Quand on sait que l'effet de serre du méthane est quatre-vingt-dix fois plus puissant que celui du CO2...

Alors où est la vérité, entre les erreurs que les modèles mathématiques alarmistes (et les autres !) sont supposés contenir et le pôle Nord qui nous coule sur la tête ? Passionnant débat philosophique que celui de la coïncidence ou non-coïncidence entre vérité et réalité. Mais il s'agit de bien autre chose : que faire, à partir de quelles prévisions ? D'abord suivre attentivement les débats de Copenhague de décembre prochain, avec un esprit critique aiguisé et informé à plusieurs sources. « Big Bang » refera le point pour vous en février 2010.
Texte Jean-Pierre MAUREL
Photos DIVA (Gisèle DIDI et Thierry VASSEUR)


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